Article publié le 25 août 2002 dans Marques AddThis Social Bookmark Button

11 septembre, le symbole pour résistance

Quelques membres de l’équipe d’Admirable Design étaient aux Usa pendant la période des cérémonies de commémoration du 11 septembre. L’émotion, le spectaculaire, l’omniprésence du drapeau, tout cela est vu et revu dans toutes les télévisions du monde. Mais pourquoi s’accroche-t-on à une couleur quand l’horizon disparaît de nos yeux ? Il doit y avoir mille réponses. Pour commencer voici celle de Gérard Caron...

Drapeau= nationalisme ?

A priori la réponse à cette question semble être affirmative. Une démonstration à contrario ? Les Français, par une conception négative du patriotisme, on longtemps rechigné à l’utiliser. Lors des dernières élections nationales, les jeunes n’ont pas hésité à le ressortir, non pas tant pour illustrer un patriotisme fraîchement redécouvert, que pour s’opposer à idéologie souvent illustrée comme celle de la mort !

Pour ma part, je considère qu’il n’y a pas qu’une relation purement nationaliste entre le drapeau et ceux qui le brandissent .
L’usage du drapeau n’est pas l’appropriation de quelques centimètres carrés d’une étoffe imprimée. On comprend que cela va bien au delà des motivations conscientes qui mobilisent sur le moment. Alors pourquoi portent-ils un drapeau ?

Ils portent ce drapeau parce qu’il y a risque de perte d’identité.

L’attaque des tours du World Trade Center de Manhattan avait pour but de frapper l’imaginaire (par opposition au sens de la réalité) : notre relation à la première puissance mondiale était en cause. La réaction a été d’autant plus forte que cette relation était émotionellement étroite : un territoire de notre équilibre était attaqué !

Pour les Américains l’affaire était simple, si l’on peut dire : il fallait vite reconstruire l’identité du groupe menacée dans son intégrité. Mais comment cela peut-il se faire ? En prenant les armes ou en se regroupant autour du seul "unifiant" d’une communauté : sa représentation symbolique.
Plus qu’une réaffirmation de son appartenance au pays ; c’est la seule et unique façon de pouvoir dire : je ne suis pas détruit et tant que les couleurs bleues, rouges, blanches, ses étoiles et ses rayures seront là, il y a promesse d’existence, projet d’ avenir (que d’autres partagent, certes...), selon un modèle que j’ai choisi, autour des valeurs que je reconnais.

Que font les pays hostiles ? Ils brûlent le drapeau, donc il anéantissent symboliquement l’existence du pays.

Que font les pays occupés qui se libèrent ? Ils ressortent le drapeau qu’ils ont caché souvent au péril de leur vie et de celles des leurs. Paris en 1944, Bucarest libéré du joug du tiran, hisse le drapeau dont on a découpé le symbole du communisme au centre ! C’est dire la puissance du symbole. Il est l’assurance vie d’une histoire qui se continuera dans un futur dont on ne connaît pas le degré d’éloignement...

Drapeau = message
Pour mettre en valeur l’outil symbolique qu’est un drapeau, il faut un destinataire sympathisant, ou l’adversaire. On ne brandit pas le drapeau du Bangladesh face aux puissances déchaînées de la nature...
En revanche on le brandit quand il y a une audience pour le recevoir ; audience qui peut être interne ou externe.

Logo de marque = drapeau ?
Quand des grévistes défilent dans les rues derrière le drapeau de l’entreprise, ils veulent défendre leur futur, leur territoire qui est ici menacée de fermeture.
Quand les manifestants descendent dans la rue à Paris avec le fameux logo de la radio fm, Energy, pour s’opposer à la fermeture par les autorités, ils défendent une certaine idée de leur culture.

Quand des milliers de fans s’habillent de rouge, portent drapeaux rouges et jaunes sur les circuits de F1, c’est bien une passion personnelle et communautaire qu’ils expriment face à Mercedes, BMW ou Jaguar...
Le logo d’une entreprise, serait donc un drapeau ?! En tout cas, les mécanismes sont strictment les mêmes.
Le reste est question de vocabulaire.

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Auteur de L'article

Gérard Caron

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