Les Sismo à Pôle emploi : dansez maintenant !

Entre le chômeur et son con­seiller, la dis­tance était reine. Grâce à la danse, l’a­gence Sis­mo a mieux appréhendé l’e­space et réa­justé les inter­ac­tions au sein de Pôle emploi. Expli­ca­tions.

Pas­cale Caus­sat, jour­nal­iste à Design fax.

Six mois après le lance­ment du Sis­mo Design Bal­let, l’a­gence fait le point sur cette ini­tia­tive de danse en entre­prise. “Quand on tra­vaille sur un hôtel, cela per­met d’ap­préhen­der les déplace­ments, le pas­sage d’un lieu à un autre, expli­quait à Design fax (cf Df 1004) Antoine Fenoglio, cofon­da­teur des Sis­mo avec Frédéric Lecourt. On peut dis­pos­er du mobili­er pour aider à ralen­tir le rythme. Dans un pays où on est telle­ment con­ceptuels, nous voulons réin­té­gr­er le corps dans la déci­sion. “Le 1er juin, lors d’une con­férence au 104 à Paris, les deux design­ers ont expliqué com­ment la prise en compte du corps influ­ençait leur proces­sus de créa­tion. Dans les domaines les plus inat­ten­dus.
“Pour Pôle emploi, nous avons réfléchi sur la notion d’être con­vié plutôt que d’être con­vo­qué, racon­te Antoine Fenoglio. Mais au lieu de tra­vailler assis autour d’une table, nous avons mimé la sit­u­a­tion : j’ar­rive, je sonne, on m’ou­vre. Et là, tout de suite le directeur tech­nique de Pôle emploi est inter­venu : “Pas pos­si­ble, il y a des portes automa­tiques”. Danser ou mimer per­met de com­pren­dre les prob­lé­ma­tiques, de libér­er les réflex­es inhibés par la réflex­ion théorique.”
Pren­dre une claque
Gros sujet chez Pôle emploi : la sécu­rité, qui se traduit par une dis­tance établie entre le con­seiller et le deman­deur d’emploi avec des tables larges. “Les bureaux sont dimen­sion­nés pour éviter de pren­dre une claque, explique Frédéric Lecourt. Or, plus on crée de dis­tance, plus on par­le fort et plus on risque de s’én­erv­er.”
L’a­gence a donc imag­iné de nou­veaux déplace­ments dans l’e­space, avec un siège à roulettes pour les con­seillers, un écran d’or­di­na­teur qui piv­ote quand la con­ver­sa­tion s’adoucit. Un moyen de mieux partager l’in­for­ma­tion.

Tous les mer­cre­dis soir, les mem­bres de l’a­gence Sis­mo et leurs clients invités redé­cou­vrent l’e­space par le corps sous la con­duite de la danseuse Emi­lie Regen.

“On choré­gra­phie des mou­ve­ments à tra­vers les objets, pré­cise le design­er. Le sujet danse est un ali­bi pour emmen­er vers des dis­cus­sions plus intimes.” Tous les mer­cre­dis soirs, une danseuse, Émi­lie Regen, inter­vient dans l’a­gence pour des exer­ci­ces sur la res­pi­ra­tion, les mou­ve­ments et le touch­er où les clients sont con­viés. Appli­ca­tion pra­tique lors de la con­férence du 104, elle a pro­posé aux par­tic­i­pants de se lever, s’étir­er, se retourn­er, regarder leurs voisins. Véri­fi­ca­tion faite : c’est vrai que l’e­sprit est plus atten­tif lorsque le corps se sent libre.

Paru dans Design fax le mar­di 06 juin 2017.