Amazon Go, le premier magasin sans caisse

Dans sa pre­mière supé­rette ali­men­taire, le géant du e‑commerce amé­ri­cain éli­mine le paie­ment immé­diat et donc les files d’at­tente à la sor­tie grâce à des rayons truf­fés de cap­teurs et de caméras.

Par Del­phine Mas­son, jour­na­liste à Desi­gn fax.

C’est le pre­mier du genre et il risque de faire date au rayon expé­rience client. Ama­zon a ouvert à la mi jan­vier, à Seat­tle, son super­mar­ché « intel­li­gent ». Une incur­sion de plus sur le mar­ché ali­men­taire phy­sique après le rachat de Whole Foods en juin 2017 et son qua­tor­zième point de vente phy­sique, après l’i­nau­gu­ra­tion de 13 librai­ries depuis 2015. Bap­ti­sé « Ama­zon Go », ce petit maga­sin de 170 mètres car­rés n’a pas de caisse.
« Nous avons créé la tech­no­lo­gie de shop­ping la plus avan­cée du monde pour que vous n’ayez jamais à faire la queue », clame l’en­tre­prise sur son site inter­net. Pas de files d’attente donc et pas de règle­ment sur place. Le client scanne son télé­phone por­table à l’entrée du maga­sin, comme le fait un pas­sa­ger du métro avec son passe Navi­go, après avoir télé­char­gé l’application Ama­zon Go, asso­ciée à une carte de cré­dit. Sur place, des cap­teurs et des camé­ras détectent et comp­ta­bi­lisent les pro­duits qu’il choi­sit en rayon et emporte avec lui. Ceux qui sont repo­sés après avoir été pris sont éga­le­ment iden­ti­fiés… et non comp­ta­bi­li­sés. Une fois ses courses ache­vées, le client quitte le maga­sin et reçoit dans la fou­lée, sur son mobile, la fac­tu­ra­tion de ses achats.

 

Sur son site, Ama­zon explique uti­li­ser une tech­no­lo­gie qui com­bine, comme pour les voi­tures auto­nomes, de l’intelligence arti­fi­cielle et des cap­teurs per­met­tant aux machines de « voir », mais pas de recon­nais­sance faciale. Le groupe n’a pas annon­cé, à ce jour, de nou­velles ouver­tures de ce  type de maga­sin qu’il tes­tait depuis décembre 2016 auprès de ses seuls employés. Mais à regar­der la vidéo, on com­prend que plus rien ne sera comme avant si cette nou­velle tech­no­lo­gie se déve­loppe. Non seule­ment, elle révo­lu­tionne les usages en impo­sant un stan­dard de mar­ché, mais elle signe aus­si la trans­for­ma­tion des emplois et des compétences.

En entrant dans le maga­sin, le client s’i­den­ti­fie en scan­nant le QR code de son application.

Qu’en pensent les pro­fes­sion­nels ? « C’est une for­mi­dable avan­cée qui démontre la capa­ci­té d’in­no­va­tion impres­sion­nante d’A­ma­zon, com­mente Jean-Pierre Lefebvre, direc­teur géné­ral chez Lons­dale AKDV. Elle met fin à un désa­gré­ment sans valeur ajou­tée pour le client, l’at­tente. En revanche, cela doit être l’oc­ca­sion pour un com­mer­çant de reprendre son vrai rôle en embau­chant du per­son­nel pour conseiller le consom­ma­teur et lui par­ler des pro­duits ». Même tona­li­té de la part de Phi­lippe de Mareil­hac, DG de Team Crea­tif et de Mar­ket Value : « À ce stade, on est plu­tôt dans la R&D puisque cela ne concerne qu’un maga­sin, mais cela va dans le sens de l’his­toire. L’at­tente en caisse fait par­tie d’un des irri­tants majeurs des courses en maga­sin que tous les acteurs cherchent aujourd’­hui à gom­mer que ce soit avec le drive ou le self-scan­ning. Mais cette inno­va­tion tech­no­lo­gique n’empêche pas qu’il faut remettre de l’hu­main, via du conseil ou du ser­vice dans les maga­sins. C’est leur seul rai­son d’être ». ■

Cet article est paru le 29 jan­vier 2018 dans le numé­ro 1053 de Desi­gn fax. Il vous est gra­cieu­se­ment offert. Il vous a plu ? Vous pou­vez vous abon­ner ici.

 

PS : en France, Auchan, tra­vaille avec la start-up lil­loise Key­neo­soft à une appli­ca­tion com­bi­nant le scan­nage des codes barre et le paie­ment quand Mono­prix teste l’en­cais­se­ment mobile depuis avril 2017. L’en­seigne du groupe Casi­no avait répon­du en décembre à la vidéo d’A­ma­zon par sa propre vidéo :

https://youtu.be/8sF868SJSrE