Saint-Étienne, tissez pour « Me, You, Nous » !

Afin d’amener Saint-Étienne au monde et le monde à Saint-Étienne, Lisa White, com­mis­saire prin­ci­pale de la future édi­tion de la Bien­nale de Desi­gn, a invi­té le desi­gner Fran­çois Dumas à conce­voir en guise de tea­ser, une struc­ture totem de la Bien­nale à Londres, lors du Lon­don Desi­gn Fes­ti­val de sep­tembre, s’incluant dans les évé­ne­ments expé­rien­tiels du pro­gramme Desi­gn­junc­tion, mani­fes­ta­tion pour l’industrie, par l’industrie.

La Bien­nale Inter­na­tio­nale Desi­gn Saint-Étienne est l’événement le plus éclec­tique sur le desi­gn en France.
Pro­duite et gérée par la Cité du desi­gn, avec le sou­tien de ses par­te­naires publics et pri­vés, elle favo­rise la confron­ta­tion entre les inno­va­tions géné­rées par les écoles, les grandes agences, les créa­teurs indé­pen­dants, les dif­fu­seurs, les entre­prises et une très grande varié­té de publics. Ses mul­tiples expo­si­tions, confé­rences, col­loques et ren­contres, depuis 20 ans, consti­tuent un véri­table labo­ra­toire du contem­po­rain, four­nis­sant à tra­vers les pro­blé­ma­tiques du desi­gn un éclai­rage sur les pen­sées et les enjeux de notre temps.

Fidèle à sa voca­tion, la 11e Bien­nale (21–03 / 22–04 2019) por­te­ra un regard sur le monde à l’aube de 2020, pla­cé sous le signe de l’inclusion par le desi­gn.

Pour Lisa White, « il s’a­git de pro­duire des envi­ron­ne­ments et des expé­riences, d’i­den­ti­fier les connexions pos­sibles dans nos socié­tés et les inter­ac­tions entre les hommes. Pro­fon­dé­ment empa­thique, l’ob­jec­tif de la Bien­nale 2019 est de mettre en exergue les objets, les expres­sions, les sys­tèmes et les points de vue qui changent notre monde, de trou­ver des moyens pour leur per­mettre de coexis­ter et col­la­bo­rer afin de pro­po­ser à cha­cun une place à la grande table du monde : Me, You, Nous ».

« La diver­si­té c’est d’être invi­té au bal. L’inclusion, c’est d’y être invi­té à dan­ser ». Ber­na Myers

The Gate­way to inclu­sion (la pas­se­relle de l’inclusion) est une ins­tal­la­tion conçue comme un tun­nel vibra­toire sur une pas­se­relle de bois bor­dant la Tamise. Cou­plant force et beau­té en met­tant à l’honneur deux des indus­tries tra­di­tion­nelles de St-Étienne – la métal­lur­gie (acier) et le tis­sage (ruban) – elle sym­bo­lise éga­le­ment l’inclusion par le tra­vail de ses cou­leurs, tra­vaillées avec les équipes cou­leur de WGSN d’après leur nou­veau sys­tème de code cou­leur Colo­ro, et par l’expérience qu’elle pro­pose : « Le che­min, long et étroit offert par la jetée m’a ins­pi­ré pour créer cette pas­se­relle afin d’intensifier l’expérience de déam­bu­la­tion avec les autres, de tous hori­zons. Les rubans de cou­leur créent un mou­ve­ment cen­tri­pète qui invite le public à pro­lon­ger son expé­rience en visi­tant la Bien­nale 2019 ». Fran­çois Dumas.

Au-delà de l’image d’arc-en-ciel réti­cu­lant conçue par le desi­gner, c’est tout ce que le desi­gn per­met et fait valoir qu’il nous importe de par­ler ici. Car ce que le pas­sant ne voit pas, c’est l’innovation tech­nique com­plexe de l’industriel mise au ser­vice de la créa­tion.

Benoit Ney­ret, Pré­sident Direc­teur Géné­ral de Ney­ret, Tis­seur d’innovation (Saint-Étienne, France), nous révèle en quoi la col­la­bo­ra­tion avec le desi­gner per­met de deve­nir plus per­for­mant indus­triel­le­ment.

Fabri­cant fran­çais, Ney­ret pro­duit pour les marques du monde entier des rubans, éti­quettes et acces­soires tex­tiles de luxe. Gui­dée depuis 1823 par des valeurs de pas­sion et d’excellence, la socié­té enri­chit un savoir-faire indus­triel poin­tu des inno­va­tions les plus récentes. Elle offre ain­si aux mar­chés du luxe, de la mode et de l’événementiel des réponses tech­niques et créa­tives dans les domaines du packa­ging, de l’étiquetage, de la pro­mo­tion et de l’embellissement.

« Nous avons eu très peu de temps pour déve­lop­per le ruban d’après le brief artis­tique de Fran­çois Dumas.

Pour y satis­faire, nous avons été ame­nés à réflé­chir sur les tech­nique de cou­tures. Sur cette struc­ture il y a à peu près 1600 m de rubans et il y a plus de 2 000 cou­tures qui ont été conçues pour résis­ter aux contraintes par­ti­cu­lières du pro­jet, à savoir, les angles des rubans qui sont très par­ti­cu­liers et la tenue au vent.

Tra­vailler sur les cou­tures a été un axe de pro­grès tech­nique. En effet, on peut envi­sa­ger que ces cou­tures très résis­tantes per­met­tront d’améliorer, par exemple, les orne­men­ta­tions de nos cof­frets packa­ging pour les­quels il faut de bonnes tenues.

2 ingé­nieurs tex­tiles, 1 desi­gner et 4 cou­tu­rières spé­cia­li­sées dans le façon­nage haut de gamme ont œuvré pen­dant un mois et demi pour déve­lop­per, indus­tria­li­ser et pro­duire cette solu­tion que nous livrons aujourd’hui et qui pour­ra demain figu­rer dans nos pro­duits.

Les rubans sont du tis­sage jac­quard, spé­cia­li­té de la socié­té. Nous sommes le seul acteur en Europe à avoir des capa­ci­tés indus­trielles pour tis­ser en jac­quard. Notre qua­li­té de tis­sage (200 fils/cm2) et nos fini­tions per­mettent de per­son­na­li­ser les rubans par un mes­sage, un logo (Bien­nale de St-Étienne) ou par des cou­leurs (code Colo­ro), ce qui illustre bien notre capa­ci­té en terme de desi­gn.

Tous les pro­jets qui attirent l’innovation sont impor­tants pour nous.

En tant qu’industriel, je dirais même que cette démarche est essen­tielle pour déve­lop­per le ter­ri­toire. »

C’était la pre­mière fois que nous par­ti­ci­pions à un pro­jet de cette enver­gure. Cela ne veut pas dire pour autant qu’on n’intègre pas le desi­gn fina­le­ment quo­ti­dien­ne­ment dans nos pro­duits, parce que tra­vaillant avec l’industrie du luxe, nous avons l’habitude des briefs artis­tiques : quand on fait de l’ornementation pour un fla­con, on tra­vaille avec le ver­rier ou avec la per­sonne qui fait la mise en bou­teille pour que le ruban s’intègre par­fai­te­ment à l’ensemble ; mais par­ti­ci­per, avec un desi­gner, sur ce type d’œuvre, a été très enri­chis­sant.

Mal­gré l’inquiétude pre­mière devant ce défi que le délai ren­dait plu­tôt dif­fi­cile, le pro­jet est deve­nu une source de moti­va­tion pour nos sala­riés parce qu’ils se sont vrai­ment mobi­li­sés sur lui. C’est donc une grande source de fier­té pour eux, et pour nous, une jolie vitrine. Et parce que c’est un grand plai­sir et un enri­chis­se­ment pour nos équipes tech­niques que de tra­vailler au contact des desi­gners, j’aimerais être sol­li­ci­té pour d’autres études inat­ten­dues de ce type.

Ce qui m’a par­ti­cu­liè­re­ment plu dans ce pro­jet, c’est qu’il réunis­sait à la fois le pas­sé – au tra­vers du patri­moine indus­triel his­to­rique sté­pha­nois, l’acier et le ruban – et la ville et l’avenir, les notions d’inclusion, tout ce que le ruban peut effec­ti­ve­ment repré­sen­ter avec les cou­leurs de Lisa White ; c’est un très beau pro­jet qui repré­sente beau­coup des valeurs qu’on essaye d’avoir chez Ney­ret, c’est à dire déve­lop­per nos savoir-faire tra­di­tion­nels, se tour­ner vers demain.

Cela fait depuis 1823 que l’on existe à St-Étienne. Nous avons tou­jours été dans l’industrie, et notre indus­trie prin­ci­pale aujourd’hui est celle du luxe. Ney­ret tra­vaille essen­tiel­le­ment avec les grande marques pour les­quelles on va tou­jours faire des concep­tions sur mesure, du packa­ging tex­tile, des choses plus petites que cette struc­ture (puisque c’est typi­que­ment ce que l’on va trou­ver autour des cof­fret, des bou­teilles, des fla­cons).

L’industrie du luxe est la pre­mière capi­ta­li­sa­tion bour­sière en France.

Or, il y a beau­coup de savoir-faire à St-Étienne qui peuvent inté­res­ser les indus­tries du luxe et, si l’on peut cou­pler ça avec le desi­gn, ça peut per­mettre de leur offrir une impor­tante caisse de réso­nances.

St-Étienne est un très bon outil pour pro­duire en France : il y a une vraie culture de pro­duc­tion, une vraie inno­va­tion sociale très forte, avec un atta­che­ment et une loyau­té très forts des entre­prises pour ser­vir leur clients, et des sala­riés pour accom­pa­gner leurs entre­prise, il y a un fon­cier qui est inté­res­sant ain­si qu’une main d’œuvre très qua­li­fiée.

C’est éga­le­ment quelque chose qu’on peut por­ter en terme de pro­mo­tion du ter­ri­toire. Or il ne peut y avoir un indus­triel sans ter­ri­toire et un ter­ri­toire sans indus­triel.

Ney­ret a eu l’audace d’accepter ce pro­jet artis­tique et la réflexion d’un desi­gner qui venait por­ter un regard nou­veau sur notre acti­vi­té. Il nous a pous­sé à ima­gi­ner des concep­tions, en l’occurrence des cou­tures pour une réa­li­sa­tion nou­velle. Et l’on est per­sua­dé que cette der­nière nous appor­te­ra demain de nou­veaux débou­chés éco­no­miques et com­mer­ciaux.

Je crois que c’est exac­te­ment ça le desi­gn : per­mettre, au tra­vers d’une réflexion à laquelle peut-être l’industriel ou le chef d’entreprise, ou l’élu, n’a abso­lu­ment pas conscience à l’instant pré­sent, un pro­ces­sus qui vous amène demain à révé­ler un nou­veau pro­duit, un nou­veau concept ou des nou­veaux usages .

C’est une très bonne démons­tra­tion parce que quand on parle des nou­veaux usages , on se demande tou­jours à quoi ça fait réfé­rence. Là c’est concret : des cou­tures sur des rubans : qui per­mettent tout ce que l’on vient d’expliquer et je crois que c’est ça qu’il faut que les entre­prises com­prennent.

La Bien­nale est une for­mi­dable vitrine mon­diale pour mon­trer l’évolution de cette pen­sée dans le monde entier. On peut comp­ter bien sûr sur nous pour essayer d’aider la Cité du Desi­gn à l’avenir . »

Ren­dez-vous à Paris, bien­tôt, pour voir accos­ter the Gate­way ton Inclu­sion sur les bords de Seine, et du 21 mars au 22 avril 2019 à St-Étienne, pour oser l’aventure sté­pha­noise : « ME / YOU / NOUS – Desi­gning com­mon ground, Des­si­nons un ter­rain d’entente ».