Couleurs du Mexique

Il est un évé­ne­ment qui depuis la fin décembre au Parc de la Vil­lette à Paris, redonne de la cou­leur à l’â­pre­té de cette année 2020. En cette période de confi­ne­ment dû au Covid 19, suc­cé­dant aux grèves de fin et début d’an­née, peut-être aurez-vous dif­fi­ci­le­ment l’oc­ca­sion de vous y rendre. Il s’a­git de l’ins­tal­la­tion éphé­mère d’œuvres mexi­caines, Ale­brijes & Mexi­cra­neos, ali­gnées le long du Bas­sin de la Vil­lette à Paris.

Les Ale­brijes sont des sculp­tures de bois fine­ment peintes et colo­rées repré­sen­tant le plus sou­vent des ani­maux fan­tas­tiques ; inven­tés autour de 1936, ils sont soit ori­gi­naires de la région d’Oaxa­ca soit de la région de Mexi­co qui les a décla­ré en 2019 Patri­moine cultu­rel de la ville, « témoins de la créa­ti­vi­té, de la fan­tai­sie et de l’ha­bi­le­té tech­nique des arti­sans et artistes mexi­cains ».

Les Mexi­cra­neos sont des crânes peints et déco­rés par des arti­sans et artistes pour El dia de los muer­tos la fête des morts (cor­res­pon­dant à nos fêtes de La Tous­saint), le jour le plus impor­tant de l’an­née au Mexique dont les fes­ti­vi­tés sont clas­sées « patri­moine cultu­rel et imma­té­riel de l’hu­ma­ni­té » depuis 2003 par l’U­NES­CO. Elles ont tout d’a­bord été pré­sen­tées lors d’un défi­lé à Mexi­co en novembre 2018, puis expo­sées en 2019 dans les rues de Lille dans le cadre d’El­do­ra­do, la sai­son cultu­relle de Lille 3000 dont le thème était le Mexique. Ces créa­tures ima­gi­naires mon­tées sur leur pié­des­tal de part et d’autre du Bas­sin de la Vil­lette s’al­ternent en rythme avec le pay­sage des Folies rouges de l’Ar­chi­tecte Ber­nard Tschu­mi. Elles nous rap­pellent et mettent en scène un évé­ne­ment du monde du Desi­gn : en 2018 Mexi­co avait été pro­cla­mée Capi­tale Mon­diale du Desi­gn, pre­mière ville d’Amérique latine à rece­voir cette dési­gna­tion, et marquent la pas­sa­tion du titre à la ville de Lille. La Voix du Nord du 12 octobre 2018 annon­çait « Mexi­co passe la main ce week-end à Lille Métro­pole, nou­velle capi­tale mon­diale du desi­gn 2020. L’i­nau­gu­ra­tion de Lille Métro­pole Capi­tale du Desi­gn pré­vu fin avril est repor­té.

Le titre de Capi­tale Mon­diale du desi­gn, World Desi­gn Capi­tal (WDC), élue tous les deux ans par la World Desi­gn Orga­ni­za­tion (WDO) depuis le Cana­da, recon­naît et met en avant les villes dont l’u­sage du desi­gn favo­rise un déve­lop­pe­ment éco­no­mique, social, cultu­rel et envi­ron­ne­men­tal. En 2018, j’a­vais ciblé mon voyage au Mexique sur les fes­ti­vi­tés d’El dia del Muer­tos. Je me trou­vais à Mexi­co le 26 octobre, deux semaines après la Desi­gn Week ayant eu lieu du 10 au 14 octobre ; je n’ai donc pu me rendre aux évè­ne­ments et l’ex­po­si­tion du moment au musée Mume­di, « La emba­ja­da del Diseño » était ter­mi­née. J’ai cepen­dant encore pu décou­vrir une célé­bra­tion des 50 ans des JO de 1968, évo­qués dans une courte expo­si­tion au Pala­cio de Bel­las Artes, qui furent les pre­miers Jeux réa­li­sés dans un pays en voie de déve­lop­pe­ment, dans une période agi­tée et mar­qués d’é­vé­ne­ments tra­giques quelques jours avant leur ouver­ture. Après réflexion, la nomi­na­tion de Mexi­co expri­mait un besoin d’attirer l’attention sur un pays en plein essor avec un haut seuil de pau­vre­té et d’in­sé­cu­ri­té ; la néces­si­té d’innover dans une métro­pole sur­peu­plée, très pol­luée, sur un ter­rain à fort risques sis­miques…

Depuis ce séjour, je reste en veille sur le sujet du Desi­gn et de l’Ar­chi­tec­ture du Mexique. Fin 2018 les artistes et desi­gners de mode mexi­cains Pedro Reyes & Car­la Fer­nan­dez ont reçu le Desi­gn Mia­mi Visio­na­ry Awards. Tous deux évoquent dans une vidéo l’héritage de l’artisanat et leur incli­nai­son pour la géo­mé­trie. Ces sujets étaient éga­le­ment très pré­sents dans l’exposition Geo­me­tries à la Fon­da­tion Car­tier fin 2018. « Les cou­leurs » sont un thème récur­rent qui a gui­dé ma décou­verte de ce pays. Très pré­sentes dans les pro­duits de l’ar­ti­sa­nat, tex­tiles, bijoux et bibe­lots, on les retrouve aus­si dans les pro­duits de la marque de luxe Pine­da Cova­lin ins­pi­rée par cet art popu­laire. Les cou­leurs des taxis de Mexi­co CDMX, roses et blancs et celle des vélos Eco­bi­ci, rouge et blanc, qui sou­lignent l’im­por­tance de ces deux moyens de trans­port dans le pays. Les har­mo­nies colo­rées des créa­tions de Mari­lo Car­ral, artiste alliant des pein­tures de pay­sages à des gammes de fau­teuils tres­sés, que l’on peut admi­rer dans son espace à San Miguel d’Al­lende. Les cou­leurs des façades, celles ani­mant les rues des quar­tiers popu­laires, mais aus­si la façade cha­leu­reuse de l’Hos­pi­tal Infan­til Teletón de Onco­logía, hôpi­tal pour enfants réa­li­sé par l’a­gence Sor­do Mada­le­no Arqui­tec­tos à Que­ré­ta­ro, une ville en pleine expan­sion à 200km au nord ouest de Mexi­co. Les cou­leurs des mai­sons de la célèbre artiste peintre Fri­da Kah­lo, sa Casa Azul et La mai­son-ate­lier de Fri­da Kah­lo et Die­go Rivie­ra et celles des réa­li­sa­tions de Luis Bar­ra­gan (1902–1988) « l’un des plus célèbres archi­tectes mexi­cains, connu pour son style, syn­thèse entre l’ar­chi­tec­ture Ver­na­cu­laire et Moder­niste ». Sa fon­da­tion, Bar­ra­gan Foun­da­tion, nous ouvre les portes de « ses volumes dépouillés où inter­agissent lumière et cou­leurs ».

« Vivir es increible » (Vivre est incroyable), ce slo­gan d’une com­pa­gnie d’As­su­rances (GNP Segu­ros), s’af­fiche en grand au som­met d’une col­line le long d’une auto­route de Mexi­co ! Le Mexique, pays aux accents sur­réa­listes, situé entre deux grandes cultures, indienne et espa­gnole, et en per­pé­tuel mou­ve­ment, oscille entre pul­sions de vie et de mort. À la Vil­lette, c’est jus­qu’en mai… quand vous pour­rez sor­tir. D’i­ci là, pre­nons soin de nous et res­tons chez nous.

Une contri­bu­tion de Flo­rence Gri­vet.