intuit.lab : entre design et stratégie

Admirable Design est allé à la ren­con­tre de Lau­rent Baley, le directeur général du groupe intuit.lab, afin de mieux con­naître l’é­cole, son posi­tion­nement ain­si que sa démarche péd­a­gogique.

Lau­rent Baley pour­riez-vous vous présen­ter en quelques mots ?
L.B. Tout d’abord, je me défini­rais comme un human­iste qui place l’homme et ses valeurs avant toute chose. Con­cer­nant ma for­ma­tion et mon par­cours, je dirais qu’ils ont façon­né mon pro­fil de “design­er du développe­ment des hommes et des organ­i­sa­tions”, étant enten­du que j’in­tè­gre dans le terme design les trois com­posantes que sont la créa­tion, la con­cep­tion et l’idéa­tion. Con­cer­nant mon cur­sus, j’ai fait une école de com­merce et ai passé les 20 pre­mières années de ma car­rière dans la presse, les télé­com, le monde du loisir ain­si que le con­seil – le tout dans des fonc­tions mar­ket­ing et développe­ment dans des grands groupes et en tant qu’en­tre­pre­neur dans des TPE/PME. J’ai rejoint il y a 10 ans le monde de la péd­a­gogie, tout en me for­mant en con­tinu à la con­nais­sance du fonc­tion­nement de l’être humain au tra­vers des for­ma­tions au coach­ing, à la PNL (ndlr  : pro­gram­ma­tion neu­ro-lin­guis­tique), aux proces­sus de la com­mu­ni­ca­tion, à l’analyse trans­ac­tion­nelle et au TIPI. Et tout  dernière­ment à la syn­er­golo­gie (ndlr : lec­ture du lan­gage cor­porel). J’a­joute que je suis très sen­si­ble à la notion du “lead­er­ship de soi”, c’est-à-dire com­ment pren­dre sa place dans un envi­ron­nement don­né – et que j’en ai fait l’un de nos axes péd­a­gogiques.

Com­ment situeriez-vous intu­it-lab ?
L.B. intuit.lab est un groupe d’é­coles à taille humaine, d’o­rig­ine française, d’en­seigne­ment supérieur spé­cial­isé dans les domaines du design, du dig­i­tal et de la stratégie. Nous sommes basés à Paris, Aix-en-Provence, Mar­seille Bom­bay et Cal­cut­ta. Ce groupe a été créé il y a 20 ans par deux pro­fes­sion­nels du design – Clé­ment Derock et Frédéric Lalande (co-fon­fa­teurs de l’a­gence Seenk et tou­jours action­naires à 100 % à titre per­son­nel d’intuit.lab) et d’un académi­cien de la pro­fes­sion, Patrick Felice. Le groupe intuit.lab représente quelques 700 étu­di­ants et 150 inter­venants pro­fes­sion­nels sur l’ensem­ble de nos cam­pus, tant en France qu’à l’é­tranger. Sur le dernier exer­ci­ce, le groupe intuit.lab a réal­isé un chiffre d’af­faires d’en­v­i­ron 6 mil­lions d’eu­ros.

Par­lez-nous de votre démarche péd­a­gogique 
L.B. intuit.lab se posi­tionne dans la caté­gorie des écoles d’arts appliqués en for­mant des pro­fils poly­va­lents, à la fois créat­ifs et entre­pre­neurs, à des­ti­na­tion des indus­tries de la com­mu­ni­ca­tion et du dig­i­tal pour des postes à respon­s­abil­ité, en agence ou chez l’an­non­ceur. Trois valeurs guident notre démarche péd­a­gogique : human­isme, pro­fes­sion­nal­isme et ouver­ture, avec au cœur un principe qui est basé sur l’hu­mil­ité – savoir se remet­tre en ques­tion et ques­tion­ner ses con­nais­sances, tout en restant en mou­ve­ment. Le cur­sus se déroule sur cinq années avec un trip­tyque clas­sique de type pré­pa, bach­e­lor et mas­tère. Nous somme recon­nus par l’é­tat (RNCP niveau 1) avec un diplôme inti­t­ulé “Directeur artis­tique en stratégie, dig­i­tal et design de mar­que”. Con­cer­nant l’aspect financier, une année coûte env­i­ron 7 000 euros, ce qui nous place dans la moyenne du marché. L’une de nos forces est que cette cinquième année se déroule en con­trat de pro­fes­sion­nal­i­sa­tion et est payée par la struc­ture dans laque­lle l’é­tu­di­ant réalise son alter­nance. Rétroac­tive­ment, cela rem­bourse cette cinquième année, et même une par­tie de la qua­trième. Au total, un cur­sus intuit.lab revient de fait à 30 000 euros env­i­ron, ce qui est com­péti­tif, compte tenu de notre qual­ité péd­a­gogique. 

Quel est votre mode de fonc­tion­nement ?
L.B. intuit.lab se veut une école dont la valeur est recon­nue tant par ses pairs que par la pro­fes­sion, tout en demeu­rant à taille humaine afin de garan­tir le principe d’ac­com­pa­g­ne­ment per­son­nal­isé auquel je tiens beau­coup. Pour cela, depuis trois ans, trois dynamiques ont été insti­tuées autour d’intuit.lab  : intuit.management pour la prise de lead­er­ship du design­er en entre­prise, intuit.international qui pro­pose un cur­sus anglo­phone se réal­isant sur l’ensem­ble des cam­pus du groupe et intuit.pro, insti­tut de for­ma­tion con­tin­ue, qui dis­pose de trois types de pro­grammes : for­ma­tion con­tin­ue artis­tique, mod­ules d’ex­pert (UX, motion design, etc.) et cer­ti­fi­ca­tions spé­ci­fiques sur logi­ciels Adobe.

Quelles sont vos inno­va­tions ?
L.B. J’ai mis en place au niveau de l’équipe dirigeante de l’é­cole, soit 40 per­son­nes, une poli­tique de co-con­struc­tion issue des tech­niques du coach­ing man­age­ment. Ensuite, j’ai tra­vail­lé l’im­pact du col­lec­tif des enseignants pour co-dévelop­per con­textuelle­ment le con­tenu des pro­grammes. Ont égale­ment été con­stru­its de nou­veau for­mats, rythmes, out­ils et méth­odes inspirés des courants péd­a­gogiques émer­gents : classe inver­sée, co-nota­tion, etc. Une journée off a été créée pour per­me­t­tre à l’é­tu­di­ant de se ressourcer et se focalis­er sur une pas­sion spé­ci­fique. Et n’ou­blions pas le e‑teaching (ndlr : classe virtuelle) qui nous a beau­coup aidé durant les grèves de trans­port du mois de décem­bre ! Pour ce qui con­cerne les majeures des pro­grammes, nous avons insisté sur les ten­dances de fond que sont le sus­tain­able design, l’ur­ban design, le design du luxe ou l’en­ter­tain­ment design. Nous sommes atten­tifs par ailleurs à la pro­gres­sion de la maîtrise du français, tant par­lé qu’écrit, via une plate­forme dig­i­tale per­me­t­tant d’animer cette mon­tée en com­pé­tence. Nous dévelop­pons des parte­nar­i­ats avec des écoles de com­merce et d’ingénieurs sur des réso­lu­tions de prob­lé­ma­tiques de mar­que sous l’an­gle de l’ap­proche glob­ale : stratégie, créa­tion et tech­nolo­gie. Enfin, nous avons mon­té un lab col­lab­o­ratif avec des agences et des entre­pris­es – The Ket­tle – pour pro­pos­er la force créa­tive de nos étu­di­ants de qua­trième et cinquième année : ils tra­vail­lent actuelle­ment avec l’a­gence W. Enfin, nous lançons un MBA en anglais, le Man­age­ment & Entre­pre­neur­ship Design­ers, des­tiné à tous les jeunes design­ers ou directeurs artis­tiques souhai­tant se diriger vers les fonc­tions entre­pre­neuri­ales ou man­agéri­ales.

Votre vision du design ?
L.B. À un cer­tain moment, les métiers tech­niques risquent d’être con­cur­rencés par des tech­nolo­gies comme l’IA. Ma vision est que le design­er ne doit jamais oubli­er que sa façon de penser lui per­met d’ap­porter des solu­tions d’usage sur des prob­lé­ma­tiques con­tem­po­raines et que, au-delà de la tech­nique pure et des appli­ca­tions métiers, sa valeur ajoutée dans un monde processé et rigide est d’être un con­cep­teur, un idéa­teur et un leader dans l’ac­com­pa­g­ne­ment des entre­pris­es de demain. La pen­sée du design­er est incon­tourn­able dans la direc­tion des organ­i­sa­tions dont les enjeux majeurs sont les muta­tions des mod­èles économiques et d’usage. Le design­er doit donc rester suff­isam­ment général­iste, tout en dom­i­nant par­faite­ment les out­ils de son méti­er. Pour con­clure, je dirais que l’art de la péd­a­gogie est d’in­té­gr­er au plus pro­fond de sa mis­sion la con­nais­sance du proces­sus créatif de chaque design­er et de l’ac­com­pa­g­n­er à  trou­ver sa juste place.

Arti­cle précédem­ment paru dans le Design fax 1139.