Kickmaker : les quick makers

Admi­rable Desi­gn va à la ren­contre de Kick­ma­ker, com­mu­nau­té d’in­gé­nieurs et d’ex­perts métiers en indus­tria­li­sa­tion, que de plus en plus d’en­tre­prises – et de desi­gners – uti­lisent pour la concep­tion et la réa­li­sa­tion de pré-séries de pro­duits.

Kick­ma­ker accom­pagne start-up, PME et grands groupes dans l’industrialisation de leurs pro­duits, du pro­to­type au mass-manu­fac­tu­ring. La socié­té, créée en 2016 par Eric Elm­las, ancien direc­teur de l’in­dus­tria­li­sa­tion chez Alde­ba­ran (à l’o­ri­gine des robots huma­noïdes Nao et Pep­per) et Vincent Des­pa­tin, ancien res­pon­sable des opé­ra­tions d’Al­tran en Chine, évo­lue dans les domaines des drones, de la robo­tique, des machines médi­cales, des machines spé­ciales, des nou­velles mobi­li­tés ain­si que des objets connec­tés. Implan­tée sur trois sites – Paris, Lyon et Shenz­hen – Kick­ma­ker a bou­clé fin 2019 une levée de fonds de cinq mil­lions d’eu­ros qui per­met­tra d’am­pli­fier à la fois recru­te­ment et expan-sion géo­gra­phique. « Nous avons lan­cé en juin 2019 un concept de micro-usine consa­crée à la pré-série de pro­duits high-tech à Paris et Lyon et nous ouvri­rons pro­chai­ne­ment une micro-usine plus vaste dans le 15e arron­dis­se­ment de Paris » indique Aly­sée Flaut, la res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de Kick­ma­ker. Avec 130 col­la­bo­ra­teurs, Kick­ma­ker est le seul acteur fran­çais à déte­nir la capa­ci­té à réali-ser des pré-séries en France dans une adé­qua­tion coût-qua­li­té-délai attrac­tive.

« Le desi­gn pra­ti­qué chez Kick­ma­ker est une acti­vi­té de concep­tion, selon l’acception anglo-saxonne du terme. Le but est de déter­mi­ner la struc­ture ho-mogène d’un pro­duit afin de résoudre l’ensemble des contraintes indus­trielles qui s’y rat­tachent, en tenant compte des contraintes tech­niques, éco­no­miques, ergo­no­miques et fonc­tion­nelles. Nous pen­sons l’ob­jet en inté­grant sys­té­ma­ti­que­ment les contraintes éco­no­miques et de pro­duc­tion » pré­cise Aly­sée Flaut qui ajoute que « même si nous dis­po­sons d’un desi­gner dans nos équipes – Vincent Le Roux, qui est éga­le­ment ingé­nieur méca­nique – nous ne fai­sons pas de desi­gn indus­triel à pro­pre­ment par­lé mais tra­vaillons en étroite col­la­bo­ra­tion avec des agences de desi­gn exté­rieures comme, par exemple, Elium ou OVA Desi­gn. Il peut néan­moins arri­ver que nous soyons, à cer­taines occa­sions, force de pro­po­si­tion en matière de desi­gn ».

En réa­li­té, Kick­ma­ker s’ap­puie sur une démarche de créa­tion tri­par­tite  : « dans la plu­part des cas, le client consulte d’a­bord une agence de desi­gn avant de contac­ter des par­te­naires indus­triels. Nous inter­ve­nons donc le plus sou­vent en second point de contact », indique Aly­sée Flaut qui pré­cise d’autre part que « les desi­gners défi­nissent l’apparence exté­rieure, les pre­mières fonc­tion­na­li­tés et nous four­nissent les pre­miers des­sins, ou les fichiers 3D des sur­faces exté­rieures. C’est alors que nous pre­nons connais­sance de leurs pro­po­si­tions et les étu­dions, déter­mi­nons ce qui est fai­sable ou non en fonc­tion des pos­si­bi­li­tés tech­niques, de l’adéquation avec les fonc­tion­na­li­tés atten­dues, des contraintes bud­gé­taires, puis envoyons à notre tour nos com­men­taires. Les desi­gners font de nou­velles pro­po­si­tions, le client en sélec­tionne une et nous tra­vaillons pour en faire un modèle indus­tria­li­sable. Puis, nous invi­tons les équipes méca­niques, élec­tro­niques, méca­tro­nique à plan­cher sur le sujet. Nous for­ma­li­sons les concepts desi­gn par des modé­li­sa­tions 3D qui per­mettent d’obtenir des repré­sen­ta­tions en pers­pec­tive des pro­duits et d’en décrire les usages. Nous réflé­chis­sons au choix des maté­riaux en fonc­tion des contraintes tech­niques, à la ges­tion des grands assem­blages, au pro­ces­sus d’industria-lisation, à la maî­trise des coûts de pro­duc­tion ain­si que du coût de revient, et aux par­te­naires indus­triels futurs qui seront en mesure de pro­duire l’objet. En tant qu’in­dus­triel, nous cor­ré­lons la dimen­sion esthé­tique et pra­tique avec la fabri­ca­bi­li­té du pro­duit ». Pour Aly­sée Flaut « notre rôle pre­mier est d’accom-pagner les agences de desi­gn dans la matu­ra­tion de leur pro­duit ». Elle pré­cise que deux cas de figures existent : « cer­taines agences de desi­gn sont trop éloi­gnées des pro­blé­ma­tiques et contraintes indus­trielles dans leur démarche de créa­tion pro­duit. Elles ima­ginent des pro­duit dif­fi­ci­le­ment conce-vables indus­triel­le­ment. Dans ce cas, nous repre­nons la main sur le desi­gn. Au contraire, d’autres agences réa­lisent un tra­vail pous­sé, par exemple sur la résis­tance struc­tu­relle, l’assemblage, les inter­faces homme/machine et faci­litent par la suite les échanges entre les dif­fé­rents pro­ta­go­nistes (eux, nous et le client). De façon géné­rale, les agences de desi­gn orien­tées desi­gn indus­trie qui tra­vaillent déjà avec des bureaux d’étude ont une meilleure com-pré­hen­sion des contraintes indus­trielles et notam­ment des com­pa­ti­bi­li­tés géo­mé­triques avec les maté­riaux. Elles four­nissent un tra­vail pré­li­mi­naire plus pous­sé, qui prend en compte les pro­blé­ma­tiques de pro­duc­tion ».

Kick­ma­ker envi­sage son rôle vis-à-vis du desi­gn de façon très prag­ma­tique : « nous conce­vons, archi­tec­tu­rons, déve­lop­pons et éva­luons des sys­tèmes méca­niques inno­vants en inté­grant les dif­fé­rentes exper­tises métiers, en par­ti­cu­lier celles de l’ergonome et du desi­gner indus­triel dans les pro­jets. Au lieu d’approcher le pro­duit final par l’esthétique, nous l’approchons plu­tôt par la fonc­tion. Nos connais­sances sur les pro­prié­tés des maté­riaux, l’in­jec­tion plas­tique et autres pro­ces­sus indus­triels et tech­niques sont essen­tielles, notam­ment dans les prin­cipes d’emboîtements, de pliage ou de fixa­tion des élé­ments ». Kick­ma­ker dis­pose dans ses micro-usines – dénom­mées KAL pour Kick­ma­ker Assem­bly Line – du savoir-faire et des moyens per­met­tant de com­men­cer à tes­ter une concep­tion via des impri­mantes 3D, d’en étu­dier les pro­prié­tés méca­niques (clips, fûts de vis, emboî­te­ments) ou d’é­va­luer un ren­du es-thé­tique selon les maté­riaux, comme pas­ser du plas­tique tra­di­tion­nel au bio-sour­cé. La KAL « est idéale pour four­nir des pro­duits semi finis en petite série ou des pro­duits finis fonc­tion­nels avec les maté­riaux défi­ni­tifs, pour réa­li­ser les gammes d’assemblage, les set-up de lignes d’as­sem­blage ou encore les tests de pré-cer­ti­fi­ca­tion » indique Aly­sée Flaut.

Article pré­cé­dem­ment paru dans le Desi­gn fax 1143.