Musique, trop de musique ? (part 1)

Nico­las Duper­ron (agence de desi­gn sonore Chu­ton­vou­sé­coute) nous livre un article extrê­me­ment docu­men­té sur la cura­tion musi­cale. Ce terme en vogue sur Inter­net désigne l’art de col­lec­ter, orga­ni­ser et mettre en valeur tous types de conte­nus autour d’une thé­ma­tique don­née. Admi­rable vous pro­pose aujourd’­hui la pre­mière par­tie qui traite de l’art de gérer,pour l’au­di­teur, cette dis­po­ni­bi­li­té sans limite de la musique en strea­ming ou en playl­list.
La cura­tion musi­cale : il est urgent de connaître…

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La curation musicale…

Dans les domaines de la créa­tion et de l’industrie musi­cale, l’ère du numé­rique a appor­té son lot d’innovations et bou­le­ver­sé les mœurs. Dans un contexte où la musique est deve­nue un conte­nu imma­té­riel aus­si dis­pa­rate qu’interchangeable, les enjeux et inté­rêts se sont dépla­cés lais­sant place à une voie nou­velle : celle de la cura­tion.
Ini­tia­le­ment dédié à la des­crip­tion du tra­vail d’un com­mis­saire d’exposition, le terme de cura­tion s’est ain­si répan­du, géné­ra­li­sé et s’applique désor­mais à toute acti­vi­té de veille et de sélec­tion de conte­nu ‑musi­cal dans notre cas-. Cette cura­tion agit comme une réponse adap­tée au besoin de recom­man­da­tion des pla­te­formes de strea­ming, à mesure que l’accès à la musique devient illi­mi­té et le choix cor­né­lien.
Dans ce dos­sier, nous nous sommes appli­qués à étu­dier cette dyna­mique cura­tive en tant que vec­teur de trans­for­ma­tion, d’enrichissement ou de réin­ven­tion de l’expérience musi­cale.admirable_design_musiques.jpg
La cura­tion : la nou­velle for­mule édi­to­riale
Acces­sible par tous et de toute part (Dee­zer, Spo­ti­fy et Sound­cloud régnant en maîtres), la musique n’a jamais été aus­si diver­si­fiée et l’enjeu de sa dif­fu­sion aus­si com­plexe.
Pas­sé le pre­mier âge de la musique en ligne, mar­qué par la course à la taille des cata­logues, le conseil est deve­nu l’enjeu cen­tral de la consom­ma­tion musi­cale. Si les cata­logues des ser­vices de strea­ming sont désor­mais peu ou prou les mêmes, la recom­man­da­tion est deve­nue la nou­velle pré­oc­cu­pa­tion de l’utilisateur : il ne se demande plus ce qu’il peut écou­ter mais ce qu’il peut décou­vrir.
L’industrie musi­cale est tenue de répondre à ce phé­no­mène en réin­ven­tant des modèles édi­to­riaux plus trans­ver­saux. C’est là que la play­list se déploie en tant que nou­veau for­mat de pré­di­lec­tion. D’après une recherche MIDia menée sur 1500 per­sonnes, 45 % des pros­pects uti­li­sa­teurs de pla­te­formes de strea­ming gra­tuites écoutent des play­lists contre 31 % pour l’écoute d’albums.
Fruit du croi­se­ment entre cura­tion, algo­rithmes com­plexes et ana­lyse de data, la recom­man­da­tion musi­cale vit son âge d’or. De la play­list dédiée au run­ning pro­po­sée par Nike à la play­list com­po­sée par Beyonce pour Tidal, la play­list se démo­cra­tise, fleu­rit et pros­père.
Décryp­tage des évo­lu­tions et enjeux de la recom­man­da­tion au ser­vice d’une expé­rience musi­cale enri­chie, trans­for­mée et tou­jours plus adap­tée à chaque ins­tant de vie.
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Au cœur de la recom­man­da­tion, l’analyse de don­nées
Dans cette optique de conseil, les pla­te­formes d’écoute s’appuient sur des experts qui ana­lysent les don­nées géné­rées par le com­por­te­ment des audi­teurs. Cette méthode qui consiste à étu­dier nos habi­tudes d’écoute pour mieux nous gui­der s’appelle le fil­trage col­la­bo­ra­tif. Le croi­se­ment des don­nées des uti­li­sa­teurs per­met de géné­rer une cura­tion sug­ges­tive. Spo­ti­fy, Ama­zon ou encore Dis­cogs y ont recours.
Une autre forme prise par la cura­tion algo­rith­mique est l’écoute tech­no­lo­gique. Ce terme décrit la recherche d’éléments spé­ci­fiques dans chaque mor­ceau tels que la pré­sence d’instruments, de fré­quences, de voix mas­cu­lines ou fémi­nines. Le ser­vice de strea­ming amé­ri­cain Pan­do­ra a ain­si pous­sé l’analyse musi­cale dans ses retran­che­ments avec son pro­gramme nom­mé « Music Genome Pro­ject » dans lequel des spé­cia­listes de la musique ana­lysent chaque mor­ceau selon quatre cent cin­quante cri­tères.
Le déve­lop­pe­ment des capa­ci­tés des algo­rithmes renou­velle le débat qui concerne la pro­pen­sion de la tech­no­lo­gie à rem­pla­cer la cura­tion humaine dans notre accès à la musique. Il oppose la cura­tion algo­rith­mique cen­sée appor­ter une solu­tion plus démo­cra­tique aux attentes de cha­cun, car éloi­gnée des canaux tra­di­tion­nels, à la cura­tion humaine plus aver­tie du fait de sa connais­sance des genres, ten­dances et du back­ground cultu­rel.