Faire la queue, ce peut être très chic.…

Faire la queue devant un maga­sin d’une grande marque de luxe, quel sens cela peut avoir ? Cou­rir pour remettre des créa­tions ou des modi­fi­ca­tions « pour la veille », refrain connu de tous les desi­gners, est-ce iné­luc­table ? Hélène Braun, direc­trice du site prospective.fr, par­tage avec nos lec­teurs ses réflexions sur ce sujet d’ac­tua­li­té. Pre­nez le temps (mais si !) de lire ces quelques lignes ins­truc­tives…

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Faire la queue, ce peut être aus­si très chic. Sinon pour­quoi ces files de tou­ristes qui, sur la foi d’un guide de voyage, attendent des heures pour dégus­ter un maca­ron ou une pita au fala­fel ? Sinon pour­quoi attendre devant un maga­sin de luxe qu’on vous admette un par un pour avoir le droit d’acheter un seul sac ou une seule valise ? La mode sus­cite le désir. La rare­té signe le sta­tut social. Sinon, pour­quoi consi­dè­re­rait on comme un pri­vi­lège d’être admis à s’inscrire sur une liste d’attente de plu­sieurs semaines ou plu­sieurs mois pour se pro­cu­rer un acces­soire de marque… voire le nec plus ultra des robots ména­gers… qui à son tour vous per­met­tra de réus­sir en quelques minutes chro­no un plat raf­fi­née qui pre­nait aupa­ra­vant des heures à cui­si­ner.

Mais, quand ce n’est pas chic, per­sonne n’aime faire la queue. C’est pour­quoi, de plus en plus de maga­sins et ser­vices opti­misent les files d’attente en éta­blis­sant une file unique, quel que soit le nombre de caisses ou de gui­chets. Cela ne résout pas tous les pro­blèmes, mais mini­mise le risque de la loi de Mur­phy – celle qui veut que, dès qu’on a choi­si la file qui sem­blait la plus courte ou la plus rapide, celle-ci cesse d’avancer.

Enfin, grâce à la tech­no­lo­gie numé­rique, ce temps des files d’attente sera bien­tôt révo­lu. Huri­kat, info tra­fic des files d’attente vous informe en temps réel du meilleur moment pour aller au musée, appe­ler un ser­vice client, ou contac­ter une admi­nis­tra­tion. Lineberty.com est un site sur lequel vous indi­quez l’heure et le nombre de per­sonnes à faire entrer dans un musée ou un spec­tacle et qui vous délivre une esti­ma­tion du temps d’attente et un ticket pour pas­ser direc­te­ment à la caisse.

Et, en Inde, vient d’être lan­cé Sminq, une appli­ca­tion pour mobiles qui per­met de créer des files d’attente vir­tuelles : on n’arrive sur place que lorsque c’est à son tour de pas­ser. Expé­ri­men­tée dans la ville de Poo­na pour l’accès aux cli­niques et cabi­nets médi­caux, cette appli­ca­tion a eu tel­le­ment de suc­cès (120 000 patients impa­tients déjà ins­crits et satis­faits) qu’elle a reçu un finan­ce­ment de 1 mil­lion de dol­lars pour être éten­due à d’autres régions et d’autres domaines.

Mais la leçon du vieux mon­sieur demeure valable. Perdre du temps, c’est sou­vent en gagner. Le désir a du bon : il donne du prix aux choses. La patience est une ver­tu, pour autant que l’on ne reste pas inac­tif. Il a fal­lu cinq ans à Jean-Pierre Sau­vage, notre récent prix Nobel de chi­mie, pour « nouer » des molé­cules en nœud de trèfle. La démarche pros­pec­tive, c’est faire en sorte que le futur se pro­duise tel qu’on l’espère.
Extrait de l’é­di­to­rial de la note de pros­pec­tive SICS de novembre 2016