« Mettre la conception et le faire sur un pied d’égalité »

 

Par Del­phine Mas­son, journaliste.

Un fes­ti­val plus long, de nou­veaux par­te­na­riats, une grande bra­de­rie du desi­gn et un cycle de confé­rence pré­vu pour la fin de l’an­née. René-Jacques Mayer, pré­sident des D’Days, détaille une nou­velle édi­tion qui bour­geonne jus­qu’au 14 mai. 

Inter­view pré­cé­dem­ment parue dans le Desi­gn fax 1023 du 2 mai 2017.

Le Fes­ti­val du Desi­gn se tient à Paris du 2 au 14 mai 2017. Retour avec son pré­sident, sur les temps forts et les évo­lu­tions d’un évè­ne­ment dont les équipes gèrent doré­na­vant une pro­gram­ma­tion en trois temps : le Gra­phic­De­si­gn Fes­ti­val en début d’année, les D’Days au prin­temps, et un nou­veau ren­dez-vous de confé­rences sur les usages pros­pec­tifs du desi­gn pré­vu pour la fin de l’année.

Quelles nou­veau­tés pour cette 17e édi­tion du Fes­ti­val du Design ?
René-Jacques Mayer. 
Le fes­ti­val s’étend sur douze jours sup­plé­men­taires, englo­bant deux week-ends, ce qui nous per­met de tou­cher un public plus large. Nous avons éga­le­ment déca­lé les dates pour deux rai­sons : occu­per la nef du musée des Arts déco­ra­tifs, qui n’était libre qu’à ces dates, et per­met d’a­voir une posi­tion cen­trale pour une sur­face d’ex­po­si­tion bien plus impor­tante de 1 300m². Ensuite, cela nous per­met de créer des ponts avec Révé­la­tions, la bien­nale inter­na­tio­nale des métiers d’art et de la créa­tion qui se tenait du 4 au 8 mai au Grand Palais.

Cache Cache, paravent tri­di­men­sion­nel réa­li­sé par Maï­té Tan­guy, tis­se­rande et Mar­ta Bakows­ki, desi­gner. Pho­to : David Bakhoum.

Que faites-vous concrè­te­ment avec Révélations ?
Nous sommes doré­na­vant par­te­naires. Les D’Days seront pré­sents au Grand Palais avec un speed dating entre arti­sans, pres­crip­teurs et archi­tectes d’intérieur, mais aus­si avec un stand de 100m² qui expo­se­ra les œuvres issues de notre pro­gramme Péri’Fabrique. Lan­cé en 2012, il favo­rise les col­la­bo­ra­tions entre arti­sans d’art et desi­gners en créant des duos qui ren­versent la chaîne : c’est l’artisan qui choi­sit le desi­gner. Les deux sont par ailleurs pro­prié­taires de leurs créa­tions. La concep­tion et le faire sont ain­si mis sur un pied d’égalité, comme dans l’esprit du Bau­haus et des Arts déco­ra­tifs. Autre nou­veau­té, la Ville de Paris avec sa struc­ture les Ate­liers de Paris est par­te­naire du pro­gramme. Les duos vont donc venir de l’ensemble de la capi­tale et non seule­ment du ter­ri­toire cou­vert par la com­mu­nau­té d’agglomération Est Ensemble, un autre de nos par­te­naires qui regroupe neuf villes de l’est pari­sien. Enfin, de son côté, Révé­la­tions, qui n’a lieu que tous les deux ans, pour­ra être pré­sent dans la pro­gram­ma­tion du fes­ti­val, voire à d’autres moments tout au long de l’année. C’est son souhait.

Vous pré­sen­tez éga­le­ment une grande bra­de­rie du design…
Nous l’hébergeons dans la pro­gram­ma­tion du fes­ti­val et nous en fai­sons la pro­mo­tion, mais il est créé par Aides sur le modèle de la Grande Bra­de­rie de la Mode. À des­ti­na­tion du grand public, l’événement pro­po­se­ra à la vente, du 11 au 13 mai 2017, des objets desi­gn pré­sen­tés dans les locaux de l’agence de publi­ci­té BETC à Pan­tin, au bord du canal de l’Ourcq. Phi­lippe Starck est le par­rain de cette pre­mière édition.

Tri­bune Media Cavea de Théo Leclercq (devant), tapis Voyage en Corail Inter­ci­tés de Syl­vain Debel­fort, D’Days 2016, Musée des Arts déco­ra­tifs, Cour­te­sy ESAD Reims / Ber­nard Chau­veau Edi­tion, 2016.

Pour­quoi avoir choi­si la thé­ma­tique « Let’s play« pour l’en­semble du festival ?
Nous avions envie d’un thème joyeux en cette période élec­to­rale. C’est aus­si une façon d’inviter le public à entrer dans le jeu en évo­quant cette approche du desi­gn qui s’inscrit dans un rap­port d’échange et de proxi­mi­té très fort à l’usager puisqu’il s’agit de conce­voir, avec lui, un objet ou un service.

Avez-vous des chiffres de fréquentation ?
Dif­fi­cile de comp­ta­bi­li­ser le nombre de visi­teurs sur l’ensemble de la mani­fes­ta­tion. Au musée des Arts déco­ra­tifs, l’année der­nière sur cinq jours, nous avons accueilli plus de 8 000 per­sonnes. D’édition en édi­tion, nous essayons d’élargir le plus pos­sible le public du fes­ti­val com­po­sé de pro­fes­sion­nels, d’amateurs éclai­rés mais aus­si d’étudiants qui sont bien plus pour nous que de simples visi­teurs. Avec leurs écoles, ce sont aus­si des acteurs impor­tants de la programmation.

La mer vue par les desi­gners : Liquid marble de Mathieu Lehan­neur au Musée des Arts Déco.

Vous par­lez d’un fes­ti­val de tous les desi­gns mais les objets ne sont-ils pas surreprésentés ?
D’Days a été créé à l’origine pour les édi­teurs de la rive gauche. Il est donc cen­tré sur l’objet et l’espace, une dimen­sion his­to­rique et un vrai pan du desi­gn fran­çais, qui est un desi­gn d’auteur. Cela reste essen­tiel mais non repré­sen­ta­tif de toutes les approches, appli­ca­tions et métiers de cette dis­ci­pline que nous tenons tou­te­fois à abor­der et qui sont pré­sents via notam­ment les tra­vaux des étu­diants.  Dans toutes les écoles, l’enseignement du desi­gn s’intéresse aujourd’hui aux usages et à leurs évo­lu­tions dans une approche plus pros­pec­tive et sociétale.

Le pro­gramme de confé­rences Think Life qui abor­dait ces sujets n’est pour­tant pas cette année au pro­gramme des D’Days…
Nous avons créé ce module il y a deux ans en par­te­na­riat avec Arte­via, une agence d’ingénierie cultu­relle. Ce pro­gramme de confé­rences qui se tenait au Car­reau du Temple, pen­dant le Fes­ti­val, nous avons sou­hai­té lui don­ner une nou­velle dimen­sion en chan­geant de nom, de for­mat et de lieu. Nous sommes en train de bâtir un nou­veau ren­dez-vous qui devrait se tenir sur trois ou quatre jours, fin novembre début décembre. Il sera cen­tré sur un desi­gn de réflexion plus socié­tale et pros­pec­tif. Avec le Gra­phic Desi­gn Fes­ti­val que nous avons repris cette année, tou­jours avec Arte­via, et qui englobe doré­na­vant tous les métiers et appli­ca­tions du gra­phisme, nous abor­dons bien le desi­gn dans toute sa diver­si­té. Pour en savoir plus : designfestival.ddays.net.