GC :Quel est ton regard sur la profession telle qu’elle est aujourd’hui ?
SR : Si on regarde notre métier de l’intérieur, on ne peut que constater que chacun joue pour soi ! C’est un métier d’individualistes où chacun a des
convictions mais qui ne sont partagées...que par lui.
Quand on veut tenir un discours global sur lequel tout le monde est d’acord, on tombe vite dans les banalités.
GC :Un porte-parole de la profession ne peut donc exister ?
SR : On a besoin d’un discours que je qualifierai de " haut de gamme ", pour faire émerger une nouvelle prise de conscience par rapport à notre profession qui reste encore assez floue. Quel est la définition des mots : branding, corporate identity et même design ? Qu’est-ce que l’on y met. Pour le porte-parole, c’est toujours le même nom qui circule et tu le connais bien !...(rire) . Et puis chacun est en train de pédaler plus vite que son voisin ; notre métier est en progression, alors nous sommes tous focalisés sur les structures.
GC : Et de l’extérieur, comment vois-tu la profession ?
SR : Le design prend plus de poids chaque jour vis à vis des entreprises et des responsables. Franck Riboud tient à voir lui-même certaines créations de packaging.
Mais, et ceci est un paradoxe, nous ne sommes pas rémunérés à la juste valeur de notre responsabilité par rapport à la marque et ses produits. On n’a pas les moyens d’effectuer des voyages d’études, d’engager des talents complémentaires au design, de prendre du temps et de sortir du microcosme parisien.
GC : manque d’argent ou manque de temps ?"
SR : Le métier se sophistique : nous sommes de plus en plus impliqués en amont alors qu’on nous réduit le temps de création. Autre paradoxe. Notre méier consiste à donner des idées fraîches et à offrir une grande capacité de réflexion. Mais hélas, on ne peut pas jouer cela à fond pour deux causes principales :
1- nos interlocuteurs dans les entreprises ont rarement une vue et un pouvoir de décision sur la stratégie globale,
2- les compétitions de plus en plus nombreuses font que nos délais sont de plus en plus courts. Le temps accordé à la réflexion et à la création se réduit, alors que celui accordé à la validation s’allonge. Dommage. Mais notre métier, Gérard, n’échappe pas à l’ère de l’immédiateté et de l’urgence... |