Berlin, ouvertures côté cours

Por­trait esti­val d’une capi­tale alle­mande mul­ti­cul­tu­relle et tou­jours en mou­ve­ment. Une décou­verte de l’ar­chi­tec­ture contem­po­raine et des vieilles cours réamé­na­gées alors que la rétros­pec­tive de Jas­per Mor­ris­son (oui, un Anglais) bat son plein au Bau­haus-Archiv.

Par Flo­rence Gri­vet, archi­tecte.

Cet été ? Eh bien non… pas d’Italie ! L’Europe du Nord, en com­men­çant par un séjour à Ber­lin. Je m’y pro­mène en quête de quelques émo­tions desi­gn à par­ta­ger. Cette ville est un com­plexe mul­ti­cul­tu­rel : inter­na­tio­nale, très jeune et prête à faire la fête, char­gée d’une his­toire et d’une recons­truc­tion un peu lourdes que quelques acteurs ont ensuite ten­té d’alléger, par bribes. Le hasard a vou­lu que je sois héber­gée à Kreuz­berg dans un immeuble conçu par Doris et Hin­rich Bal­ler. Une décou­verte. Ce couple d’architectes alle­mands est connu notam­ment pour ses réa­li­sa­tions des années 80 dans des zones du tis­su urbain lais­sées vides. Leurs envo­lées lyriques, l’originalité de leur concep­tion et leur fan­tai­sie, sont remar­quables dans divers immeubles de loge­ments pay­sa­gers et dans l’une des gale­ries com­mer­ciales propres à Ber­lin, les Höfe, dédales de cours ver­doyantes récem­ment amé­na­gées de com­merces aux rez-de-chaus­sée des immeubles d’habitation. A voir, Rosenhöfe dans la Rosen­thal Strasse et, à noter, la créa­ti­vi­té de la ser­ru­re­rie des garde-corps, inté­rieurs comme exté­rieurs. C’est une ambiance très vivante et encore under­ground qui m’accueille tout autour dans les quar­tiers bran­chés, aux cou­rants alter­na­tifs, jalon­nés de ves­tiges de guerre : tags en tous genres virent par­fois aux véri­tables fresques poé­tiques ou pro­vo­ca­trices, pop-up stores, squats et friches indus­trielles trans­for­mées en gale­ries d’art, bou­tiques ou Bier­gar­ten où prendre un verre.

Entre les ves­tiges de la guerre et les nou­velles bou­tiques, les fresques d’art urbain fleu­rissent dans le dédale des cours ber­li­noises.

Face à cet air de liber­té, je m’oriente vers un repère stable : le Bau­haus pré­sent à Ber­lin par un bâti­ment construit en 1979 d’après les plans de Wal­ter Gro­pius, le Bau­haus-Archiv. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un bâti­ment essen­tiel­le­ment consa­cré aux archives du Bau­haus, avec une seule salle d’exposition per­ma­nente pré­sen­tant des objets, pho­tos et pein­tures du Bau­haus et une salle d’exposition tem­po­raire sur un thème. Avant le début de tra­vaux d’extension de ce lieu, le 23 octobre, l’invité est le desi­gner anglais Jas­per Mor­ri­son.

Au Bahaus-Archiv, au milieu du parc du Tier­gar­ten. Les plans de Wal­ter Gro­pius datent de 1960.

Avec Jas­per Mor­ri­son Thin­gness, le Bau­haus-Archiv à Ber­lin montre la pre­mière rétros­pec­tive du desi­gner anglais et pré­sente son vaste tra­vail au cours des 35 der­nières années. Les meubles de Mor­ri­son, les usten­siles de cui­sine, les séries de vais­selle, les lampes, les hor­loges et autres objets de tous les jours sont défi­nis par une atten­tion inten­sive à l’u­ti­li­sa­tion de ces objets. L’ac­cent n’est pas mis sur la forme en soi, mais sur la fonc­tion­na­li­té des objets, déve­lop­pée sur la base d’une obser­va­tion pré­cise. Celle de Mor­ri­son, atten­tif à l’at­mo­sphère d’un envi­ron­ne­ment de vie moderne, aux liens his­to­riques, au pro­ces­sus de pro­duc­tion et à la matière, nous conduit à consi­dé­rer des ques­tions cen­trales de concep­tion, comme celles qui moti­vaient déjà les membres du Bau­haus his­to­rique.

Sur une élé­gante struc­ture en bois toute en lon­gueur, nous sont pré­sen­tés les pro­duits conçus pour Cap­pel­li­ni, Vitra, Magis… au cours des trente der­nières années. Cette expo­si­tion est signa­lée par IDZ , l’International Desi­gn Cen­ter, l’organisme natio­nal situé à Ber­lin en charge de la pro­mo­tion du desi­gn qui pro­duit des expo­si­tions iti­né­rantes, plu­tôt dans les pays de l’est et scan­di­naves, et dont l’écodesign est un des thèmes phares.

La scé­no­gra­phie de la rétros­pec­tive de Jas­per Mor­ris­son.

Comme le sou­ligne une ins­crip­tion sur la ban­nière le long d’un immeuble de Check­point Char­lie, l’ancien poste de fron­tière durant la guerre froide : « Desi­gn is nothing without hap­pi­ness ».

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