10 Étoiles de L’Observeur 2018, 10 voies pour le design

Faciliter la vie de l’usager, éviter les déchets, amélior­er le tra­vail, mieux utilis­er la matière, aug­menter le désir, imag­in­er de nou­veaux usages, créer demain…  Le design se plie à toutes les deman­des pour se met­tre au ser­vice de l’hu­main. Notre sélec­tion des prix de l’Ob­serveur du design 2018. 

 Avec plus de 150 pro­duits ou ser­vices label­lisés, imag­inés par des entre­pris­es de tous les secteurs économiques et des design­ers de tous hori­zons, inté­grés ou non, le choix n’é­tait pas une sinécure pour le jury de L’Ob­serveur du design. Créé en 1999 pour “repér­er les réal­i­sa­tions inno­vantes grâce au design” et les expos­er au pub­lic, il en a récom­pen­sé 35  cette année. Après la remise des prix — les fameuses Étoiles- le 5 décem­bre au Cen­tre Pom­pi­dou, nous vous en pro­posons dix pour leur inven­tiv­ité, leur forme ou l’idée qu’il com­mu­nique. Tous par­lent de l’évo­lu­tion de la société, d’une façon nou­velle d’en­vis­ager l’avenir.
A décou­vrir grandeur nature dans l’ex­po­si­tion itinérante, scéno­graphiée par les design­ers Patrick Jouin et Christophe Thélis­son, instal­lée à la Galerie de la Man­u­fac­ture des Gob­elins à par­tir du 9 décem­bre et jusqu’au 11 févri­er 2018.

Graphique

Dire l’i­den­tité, ori­en­ter : don­ner un sens. Avec le stu­dio Des signes et le tra­vail réal­isé pour la médiathèque de l’Ar­chi­tec­ture et du pat­ri­moine de Char­en­ton-le-Pont, le design graphique entre dans la qua­trième dimen­sion en inté­grant le temps (qui change, comme nous le savons depuis Bob Dylan). Les zones d’archives du bâti­ment ne ces­sant d’évoluer, il fal­lait pou­voir mod­i­fi­er — facile­ment, économique­ment — la sig­nalé­tique sans rompre l’ho­mogénéité visuelle.

Une sig­nalé­tique mod­u­la­ble pour la médiathèque de l’ar­chi­tec­ture. La séri­gra­phie sur aimant sou­ple per­met de s’adapter aux fonc­tions changeantes des salles et des mag­a­sins de stock­age.

Le stu­dio Muchir Desclouds a donc imag­iné des pan­neaux séri­graphiés sur aimants sou­ples à pos­er sur des plaques en aci­er laqué fixées aux murs. Dans les espaces publics, aux des­ti­na­tions pérennes, les pan­neaux d’ori­en­ta­tion repren­nent le design en vol­ume des tableaux mag­né­tiques instal­lés dans les locaux admin­is­trat­ifs, sans leur mobil­ité (pho­to de une).

Autres réal­i­sa­tions remar­quables :
— La police de car­ac­tère Alpine ascen­sion et toute la charte graphique de la nou­velle Renault Alpine — l’A 110 dont les essais com­men­cent cette semaine — con­stru­ite par Pro­duc­tion type. Une typo sans serif aiguë et vive pour le retour, après 22 ans d’ab­sence de la mar­que et trois ten­ta­tives de renais­sance avortées, pour une voiture de sport quo­ti­di­enne.
— La typographique numérique aéro­nau­tique B612 Polarsys. Issue d’un pro­jet col­lab­o­ratif entre Air­bus, le lab­o­ra­toire PRISSMH de l’université de Toulouse III et le stu­dio Intac­tile design, la police garan­tit un affichage opti­mal des infor­ma­tions sur tous les écrans. Le tout, sans ver­rouil­lage pro­prié­taire.

Pra­tique

Dans le traite­ment des mal­adies chroniques, les médica­ments ther­mosen­si­bles sont légion. Pour faciliter la vie des malades, les design­ers interne de Lifeina ont imag­iné un réfrigéra­teur de 800 grammes qui per­met d’emporter 8 sty­los d’in­su­line en les con­ser­vant à une tem­péra­ture entre 2 et 8 degrés C. Lifein­abox est accom­pa­g­né de son appli­ca­tion qui per­met le mon­i­tor­age et le tout est recharge­able sur un allume-cig­a­re.

Lifein­aBox, un fri­go de moins d’un kilo pour trans­porter les médica­ments sen­si­bles à la chaleur.

Autres réal­i­sa­tions remar­quables :
— Un étri­er, Rid’up, qui améliore la posi­tion du cav­a­lier et se détache en cas de chute ; un vélo, EFO1, pli­able, élec­trique et surtout recharge­able dans un cof­fre de voiture grâce à un sup­port (Dock­sta­tion)…

Dynamique / Économique

Soit une entre­prise nan­taise (Saint-Herblain) qui fab­rique des hublots ou de l’accastillage pour l’industrie nau­tique. Elle voit ses coûts de pro­duc­tion grimper et ses ventes gliss­er. Elle fait fail­lite, est rachetée. Dans les mains de son nou­veau PDG, Goïot Sys­tem, c’est son nom, perd son tré­ma et prend le cap du design. L’agence C+B LEFEBVRE revoit avec elle les proces­sus de fab­ri­ca­tion et remet un des savoir-faire interne — le pro­filé alu­mini­um- à la proue. Elle redesigne de nou­velles bar­res à roue, moitié plus légères (util­isant moins de matière tout en gar­dant les mêmes pro­priétés), plus ergonomiques (avec un grip en sil­i­cone) et attrac­tives. Tri­ak est née, avec ses trois branch­es et son faux air bre­ton. Elle a per­mis de relo­calis­er la pro­duc­tion et de retrou­ver le chemin de la rentabil­ité.

Une roue rouge aux trois rayons décen­trés qui sem­blent pou­voir aider à la manœu­vre.

Pour Akonite, il ne s’ag­it pas de réin­ven­ter la roue mais d’opér­er un lift­ing dynamique sur la bonne vieille luge pour sat­is­faire le sportif/joueur d’au­jour­d’hui. Récla­mant élé­gance et con­fort mais aus­si un soupçon de tra­di­tion (il n’est pas un nou­veau riche), le lugeur con­tem­po­rain sera séduit par le savoir-faire du meu­ble — le mul­ti­pli de frêne cour­bé à la vapeur et débil­lardé — trans­posé aux tech­niques de pro­duc­tion de matériel de glisse, récon­forté par le siège en liège qui reste chaud et l’ap­pari­tion d’une poignée gainée de cuir lui per­me­t­tant de se tenir droit. La moder­nité s’ex­prime dans la ligne de l’ob­jet et avec l’u­til­i­sa­tion de la fibre de verre qui assure une glisse opti­male. Un beau jou­et pour lequel il fau­dra dépenser 4 800 euros.

Réin­ven­ter la luge en croisant les savoir-faire et les matéri­aux avec Gen­tiane par Akonite

Pacifique/Politique

La san­té, oui, mais pas au prix de la douleur ou de la sujé­tion à la machine ! Con­statant que la moitié des femmes invitées à se faire dépis­ter dans le cadre de la préven­tion du can­cer du sein ne revi­en­nent pas pour une vis­ite com­plé­men­taire, GE health­care a demandé à une design­er interne, Aurélie Boudi­er, d’imag­in­er un nou­veau séno­graphe. Pristi­na, dévelop­pé en parte­nar­i­at avec l’Institut Gus­tave-Roussy (Ville­juif, Val-de-Marne) offre des images en 3D, mais, surtout, per­met aux femmes de régler elles-mêmes la pres­sion max­i­male des plateaux sur leur sein. Actri­ces de leur soin, elles peu­vent s’ap­pro­prier l’ap­pareil, qui pour une fois, n’a pas l’air d’un instru­ment de tor­ture.

Une apparence plus accueil­lante, famil­ière, pour une mam­mo­gra­phie sans douleur. Le Prisiti­na per­met aux femmes de par­ticiper active­ment à l’ex­a­m­en.

Autres réal­i­sa­tions remar­quables :
— les fau­teuils roulants Action 3 Junior et Action 3 Junior évo­lu­tif d’Invacare. Une struc­ture en couleur, des roues per­son­nal­is­ables, le tout au même prix qu’un fau­teuil gris et noir ! Réal­isé par le design interne de l’en­tre­prise, il est adapt­able, léger et… joyeux !

Technique/Anarchique

Paul Morin n’aime pas les imp­ri­mantes, ces gross­es boîtes noires qui coû­tent cher en place, en papi­er et en con­som­ma­bles. Afin de lim­iter leur impact envi­ron­nemen­tal, l’an­cien élève de l’En­sci a sim­pli­fié la machine, l’a ren­due facile­ment répara­ble et plus économique grâce à ses réser­voirs d’en­cre rem­plaçant les car­touch­es. Et, parce que cer­taines pro­fes­sions (archi­tectes, bureaux d’é­tudes, arti­sans…) affichent leurs impres­sions au mur, il a fait de l’en­gin un pan­neau ver­ti­cal sur lequel annot­er directe­ment les pro­jets tout juste imprimés. Impro est un pro­to, mais il mon­tre bien la démarche de réin­ven­tion des usages et la préoc­cu­pa­tion envi­ron­nemen­tale de nom­breux jeunes design­ers.

Impro, une imp­ri­mante murale répara­ble, économe en place et en car­touch­es d’en­cre.

Panoramique

20 % de sièges en plus que dans le TGV Atlan­tique et 10 % de plus que dans un TGV Duplex clas­sique. Le tout, sans effet “boîte à sar­dine” : la vue sur le paysage n’est jamais masquée. L’a­gence Saguez & Part­ners ” flu­id­i­fie encore davan­tage les déplace­ments à l’intérieur du train”, notait Gérard Caron (design­er et créa­teur de ce site) dans un papi­er récent. Elle a réamé­nagé la voiture bar et les pre­mières class­es de L’Océane en veil­lant au con­fort et en prenant en compte les impérat­ifs opéra­tionnels. Bon­heur, les sièges de pre­mière peu­vent piv­ot­er pour se plac­er dans le sens de la marche, comme dans le fameux Shinkansen nip­pon.

Voiture bar de L’Océane, le TGV pour Bor­deaux et Toulouse, par Saguez & Part­ners. Men­tion spé­ciale (et per­son­nelle) aux lam­pes rouge dess­inées par Iona Vautrin : sim­ples et iconiques.

Sci­en­tifique

C’est la pre­mière machine à incu­ber, détecter et compter les colonies de bac­térie. ScanSta­tion peut héberg­er une cen­taine de boîtes de Pétri — ces petites boîtes cylin­driques qui per­me­t­tent de cul­tiv­er des micro-organ­ismes, des bac­téries, etc. — et réalis­er toutes les manip­u­la­tions de con­trôle, chronophages et répéti­tives. Toutes les 30 min­utes, un bras robot vient en saisir une pour la filmer et per­me­t­tre ain­si la visu­al­i­sa­tion et l’analyse, par un sci­en­tifique, des développe­ments en cours sur un écran tac­tile attenant. Conçu par la société française Inter­science et le design­er Guil­laume Delvi­gne, ce large meu­ble facilite aus­si la vision des travaux en cours grâce à ses larges vit­res et son inter­face util­isa­teur intu­itive et sim­pli­fiée.

Les pre­miers ScanSta­tion peu­vent incu­ber 100 boîtes de Pétri. Elle facilite leur con­trôle en mécan­isant les tâch­es les plus répéti­tives et en per­me­t­tant une visu­al­i­sa­tion sim­pli­fiée sur un écran.

Emblé­ma­tique

Le déchet ? “Une matière avec les mêmes pro­priétés intrin­sèques que celles du pro­duit d’o­rig­ine,” assure Lucile Viaud, lau­réate avec Ostra­co, le verre marin réal­isé à par­tir de ressources halieu­tiques. Les déchets ? Ils “por­tent en eux tout le savoir-faire de nos parte­naires indus­triels,” renchéris­sent les design­ers de Max­i­mum. En étu­di­ant le proces­sus du roto­moulage — moulage par rota­tion de matières plas­tiques- ils décou­vrent que les épreuves de test, des par­al­lélépipèdes, sont immé­di­ate­ment jetées. Pour éviter l’opéra­tion, ils imag­i­nent une forme plus durable : un tabouret, le Rotoman, sur lequel s’af­fiche toute la série de bas-reliefs (indices de tex­ture, de quan­tités, etc.) néces­saire à la bonne appré­ci­a­tion de la qual­ité de la pro­duc­tion. Cette pre­mière fonc­tion rem­plie, le siège entre dans le cir­cuit de dis­tri­b­u­tion plutôt que dans la benne de recy­clage.

Un tabouret à deux vies et deux fonc­tions suc­ces­sives : tester la qual­ité de la pro­duc­tion puis servir de siège.

Œcuménique

Copro­duire de la musique : com­pos­er, finale­ment. Totem sonore tout en un, à la fois séquenceur (“dis­posi­tif qui com­mande une suite ordon­née de proces­sus,” dit le Petit Robert), table de mix­age et enceinte, le Coloop, per­met de faire enten­dre son son dans un ensem­ble de huit musi­ciens élec­tron­iques. Sans appli­ca­tion à télécharg­er, mais directe­ment sur le nav­i­ga­teur web du portable ou de la tablette, cha­cun peut dif­fuser instan­ta­né­ment sa boucle musi­cale, en mod­i­fi­er le rythme… Créé par Jean-Louis Frechin avec l’Ircam (Insti­tut de recherche et coor­di­na­tion acoustique/musique), et issu du pro­jet Cosi­ma.

Coloop, pour faire des boucles musi­cales en groupe.

Tous les objets et ser­vices label­lisés et primés sont à retrou­ver dans le cat­a­logue Design d’au­jour­d’hui 2018. Edi­tion Dun­od, 250 pages, 29 euros.