Le design alternatif ?

Admi­rable Desi­gn ouvre ses colonnes à ceux qui sont les obser­va­teurs cri­tiques de la com­mu­ni­ca­tion ou du design.

Les médias sont aus­si reflets fré­quents d’une muta­tion annon­cée des opi­nions publiques, plus exi­geantes, plus consom­ma­trices de valeurs…

Alors, le desi­gn dans tout cela ?

Gérard Caron nous fait part de ses réflexions. Faut dire qu’il est à notre por­tée de mains !

Design alternatif ?

Le monde de la com­mu­ni­ca­tion vit de grands ques­tion­ne­ments en ce début de siècle, qui peuvent se résu­mer en « com­ment peut-on tou­cher des publics de plus en plus écla­tés et inconstants ? »

Ajou­tons à cela le phé­no­mène de satu­ra­tion, d”« over dose de la com », de « la cri­ti­ni­sa­tion par la pub », etc., genres de graf­fi­tis que l’on lit quo­ti­dien­ne­ment sur les affiches du métro pari­sien, sans comp­ter les adeptes de tous poils du « no logo »…De la à se deman­der si la com­mu­ni­ca­tion en géné­ral et le desi­gn en par­ti­cu­lier, béné­fi­cient encore de l’Au­dience avec un A majus­cule, il n’y a qu’un pas.

Pour ma part, je n’ai aucun doute sur la nature posi­tive de la réponse. Nos métiers par essence, sont arts de l’a­dap­ta­tion, de l’an­ti­ci­pa­tion et du jeu de rôle. L’a­ve­nir est encore devant eux. A ceci près que cet ave­nir ne sera pas comme il avait été pré­vu. Ce qui veut dire aue le desi­gn aura aus­si à s’adapter.

Un paral­lé­lisme frap­pant, mais en soi logique, peut être fait avec …le sys­tème capi­ta­liste, qui dans sa ten­dance dure actuelle, celle de la finan­cia­ri­sa­tion glo­bale à tout prix, sus­cite réac­tions, oppo­si­tions et menaces. Bref, il irait droit dans le mur. Son aspect quan­ti­ta­tif expan­sion­niste fait régres­ser les aspects qua­li­ta­tifs dont il a été tout de même por­teur pour une grande par­tie de l’hu­ma­ni­té du 20 ème siècle.. Le pro­blème étant qu’au­cun autre modèle n’é­tant d’ac­tua­li­té, il faut bien l’a­dap­ter pour qu’il mue en un sys­tème plus à l’é­coute des besoins de l’hu­main et des res­sources de la pla­nète. Tout cela ne se fait pas sans réti­cences et sans douleurs.
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Le total design.

Admi­rable Desi­gn a don­né la parole à un expert en la matière Man­fred Mack [-> 1265] . Qui en a ana­ly­sé les consé­quences sur les entre­prises du futur. Quand est-il du desi­gn du futur ? Car on voit com­bien un sys­tème qui véhi­cule le pro­grès et le bien-être, peut par son « extrê­misme » et sa rigi­di­té se char­ger d’im­po­pu­la­ri­té en une seule génération.

Le total desi­gn , comme le tout publi­ci­taire, peut pro­duire les mêmes effets per­vers. Et comme on l’a vu, cer­taines mou­ve­ments démontrent que cela a déjà com­men­cé. La com­pa­rai­son avec le capi­ta­lisme (dont ils sont les enfants, ne l’ou­blions pas…), s’ar­rête pour­tant là, car la muta­tion d’un sys­tème ne peut être que com­plexe, lente et bruyante ; ça grince et ça résiste dans tous les coins !

En ce qui concerne le desi­gn et la com, le « trans­for­misme » est leur nature, alors…
De même que le public en géné­ral rechigne de plus en plus devant des mes­sages publi­ci­taires clas­siques qui vantent de façon géné­rale un monde par­fait, le desi­gn et ses marques qui affichent un mes­sage trop glo­ba­li­sant sont aujourd’­hui à la peine. 

A cha­cun son design.

Pour atteindre ce résul­tat, ou tout au moins en don­ner l’illu­sion, tout est bon pour mettre devant les yeux du ciblé le pro­duit conçu pour lui : les sup­ports élec­tro­niques ont quelques points d’a­vance ; mais pas eux seule­ment. On aurait tord d’ou­blier les sup­ports tra­di­tion­nels qui frac­tionnent l’au­dience, tels que tract, adhé­sifs sau­vages, radios locales, club­bing, mar­ke­ting de rue, etc.

Les desi­gners eux, adaptent le style du pro­duit, ou tout au moins son packa­ging, aux goûts et cou­leurs de ceux qui influencent des nébu­leuses de publics, jus­te­ment appe­lés les « influen­ceurs » (tiens, un mot français ?).
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Des marques naissent, des styles sur­gissent, voir le desi­gn de Moha­med [-> 1203], de nou­veaux espaces de vente ou lieux d’é­change appa­raissent. Les grandes marques de mobiles, d’au­to­mo­biles, de bois­sons, d’ac­ces­soires sont à l’af­fût de ces nou­veaux ter­ri­toires d’ex­pres­sion autant juteux que fugaces.

La dif­fi­cul­té étant que ces nou­veaux publics n’ac­ceptent pas d’être agres­sés de plein front par des publi­ci­tés et desi­gns. Il faut pour cela trou­ver les voies détour­nées pour qu’ils adoptent la nou­velle chaus­sure de sport, le nou­veau jeu vidéo, la nou­velle bois­son ou le nou­veau hit.

Là aus­si les tech­niques peuvent être variées et com­plé­men­taires. Il s’en crée chaque jour une nou­velle ! Recon­nais­sons l’a­vance de Nike qui a sup­pri­mé sa marque deve­nue trop osten­ta­toire, comme il se dirait aujourd’­hui, pour la rem­pla­cer par un signe bébête certes, mais deve­nu incontournable. 

Les blo­gueurs et autres bavardeurs…

L’in­ter­net est un outil par­fait pour qu’au tra­vers de ses bavar­dages (chats), les blo­gueurs, influen­ceurs du monde vir­tuel, lancent un nou­veau desi­gn produit…moyennant rému­né­ra­tion par­fois (sou­vent ?).

On pour­rait pen­ser que cela ne touche que les pro­duits de ten­dance ou des­ti­nés aux publics jeunes. Il n’en est rien. Des construc­teurs d’au­to­mo­biles de pres­tige, aux pro­duits de luxe plus quo­ti­diens s’y mettent. A titre d’exemple, les thés Jean Mont­se­ren pro­posent sur le site [->http://www.admirable-tea.com/] les conseils per­son­nel du maître de thé épo­nyme, ou des sélec­tions à faire selon les goûts de l’in­ter­naute par rap­port aux cou­leurs ou à son propre état d’esprit !

La com­mu­ni­ca­tion et le desi­gn alter­na­tifs ont donc deux champs d’ap­pli­ca­tion privilégiés :

_ les pro­duits de masse qui veulent péné­trer des cibles loca­li­sées par un lan­gage ou un desi­gn local,

_ Les pro­duits spé­cia­le­ment conçus pour des cibles loca­li­sées ou élitistes.

On voit donc qu’à force d’é­tendre son ter­ri­toire ce phé­no­mène n’est plus un épiphénomène.loanetransparw.jpg