Muji : la marque sans marque !

Curieux cas de dévia­tion d’une marque qui est deve­nu un suc­cès mondial.

Lais­sons Gérard Caron nous en parler…

La marque qui n’existe pas…

Je me rap­pelle, vers 1995, d’un cor­ner du grand maga­sin Sei­bu, où je trou­vais au rez-de-chaus­sée des pro­duits simples, éco­lo­giques, à des prix défiant toute concur­rence (ce qui à Tokyo à l’é­poque était remar­quable). J’en fai­sait pro­vi­sion pour les col­lègues de Car­ré Noir et mes amis. Des crayons, des blocs de papier, des enve­loppes, des che­mises en plas­tique trans­pa­rent, mais aus­si des chips, des boissons !

Le tout dans un desi­gn par­fait, simple avec une cou­leur cor­po­rate lie de vin ! La marque, en kan­jis était illi­sible pour moi : Muji rushi ryo­hin ce qui signi­fiait : bon pro­duits sans marque ! ! 

L’es­prit était celui des pro­duits libres de Car­re­four en quelque sorte, le desi­gn et la qua­li­té en plus !

Le suc­cès a été tel, que pro­gres­si­ve­ment le concept a pris son auto­no­mie et des maga­sins se sont ouverts à la marque, oh par­don, à la non-marque ! La gamme s’est éten­due à tout pour la mai­son : mobi­lier, bicy­clette, pro­duits de beau­té et tou­jours la pape­te­rie et les chips ! Quant au packa­gings, et au logo (si l’on peut dire), tou­jours inchangés.

De là à expor­ter ce concept à Londres, New York, Paris, … il n’y avait qu’un pas à fran­chir. Là aus­si le suc­cès était au ren­dez-vous… avec quelques chan­ge­ments : la marque s’est sim­pli­fiée : Muji pour des rai­sons faciles à com­prendre et les prix ont prix de l’amplitude.

Faut dire qu’entre temps la marque est deve­nue signe de bran­chi­tude, alors…

Et au Japon ? Si vous pas­sez par Tokyo, allez vite au Muji de Gin­za dans le quar­tier chic ; là on a construit une énorme mai­son au toît rouge comme le logo ! A l’in­té­rieur : un vrai Muji world avec res­tau­rant, murs de céréales pour le petit déjeu­ner, étage pour le jar­din, etc.

Pas mal pour une non-marque. Sacré Muji qui triche, pour notre plus grands plaisir !