Maison&Objet 2019 : le work c’est fun !

Voi­ci l’heure du bilan pour Paris Desi­gn Week et Maison&Objet. Franck Mil­lot côté orga­ni­sa­tion, Phi­lippe de Mareil­hac et Chris­tophe Pra­dère côté agences et san­dra Biag­gi côté visi­teurs se sont confiés à Desi­gn fax.

Franck Mil­lot, direc­teur de Paris Desi­gn Week et direc­teur des par­te­na­riats de Maion&Objet.

« La neu­vième édi­tion de Paris Desi­gn Week est un excellent cru avec un par­cours pro­po­sant 205 adresses dif­fé­rentes et plus de 300 par­ti­ci­pants »
se réjouit Franck Mil­lot qui note, d’autre part, « une pré­sence très dense dans le Marais et le quar­tier Saint-Ger­main. » En termes de tra­fic, s’a­gis­sant d’un évè­ne­ment libre et gra­tuit, il est mal­ai­sé de chif­frer exac­te­ment le nombre de visi­teurs, mais par extra­po­la­tion, « on estime avoir tou­ché entre 100 000 et 150 000 per­sonnes. »
Son coup de cœur : les deux ins­tal­la­tion aux Archives natio­nales. Celle d’U­bik qui pro­po­sait une un tabou­ret sur­di­men­sion­né et celle de Céline Wright avec ses formes en papier washi. Pour Franck Mil­lot, ces ins­tal­la­tions résument pré­ci­sé­ment ce que doit être la Paris Desi­gn Week : « Ublik, c’est-à-dire de jeunes desi­gners plein d’en­vie, de l’au­toé­di­tion, un par­te­na­riat intel­li­gent avec un indus­triel (ici un pro­duc­teur de contre­pla­qué), le tout ins­crit dans un modèle éco­no­mique per­ti­nent. Quant à Céline Wright, desi­gner maker, elle conçoit et fabrique tout elle-même et vend dans le monde entier ». Ce qui réjouit par­ti­cu­liè­re­ment Franck Mil­lot tient dans le fait que ces deux ins­tal­la­tions « ont pris place dans un musée natio­nal. On obtient alors la par­faite com­bi­nai­son entre valo­ri­sa­tion cultu­relle, réa­li­té du patri­moine et vita­li­té créa­tive. »  Et il ajoute : « À Paris, le mix entre mode, desi­gn, culture et his­toire est une réa­li­té qui nous est spé­ci­fique. C’est notre actif et notre force ». Des regrets : « Il faut aller plus vite. On a mis neuf ans pour arri­ver là où on en est aujourd’­hui, c’est long. Et puis il nous faut mieux ras­sem­bler toutes les expres­sions du desi­gn. Elium Stu­dio, par exemple, il faut qu’ils soient avec nous ! Enfin, c’est dom­mage que les évè­ne­ments cultu­rels se télé­scopent en sep­tembre à Paris. Davan­tage de concer­ta­tion et de coor­di­na­tion entre les acteurs  ne pou­vait être que posi­tif : les visi­teurs auraient été moins bal­lo­tés d’un évè­ne­ment à un autre, et les expo­sants inter­na­tio­naux auraient pu davan­tage tirer par­ti de leur pré­sence pari­sienne ». 

Pour Maison&Objet, le tra­fic est à peu près iden­tique à celui de l’an­née der­nière (77 000 visi­teurs). Franck Mil­lot est enthou­siaste sur la sec­tion Work : « C’é­tait un pari de pré­sen­ter une fusion entre uni­vers domes­tique et uni­vers de tra­vail, mais je peux dire aujourd’­hui que Maison&Objet est vrai­ment légi­time pour en par­ler. C’est une réa­li­té de mar­ché ». Des regrets : « L’u­ni­for­mi­sa­tion des goûts et donc des pro­po­si­tions. À nous de cher­cher la dif­fé­rence, la sin­gu­la­ri­té, et de pro­po­ser des alter­na­tives ». Un petit scoop pour ter­mi­ner : « Le Maison&Objet de jan­vier 2020 mar­que­ra les 25 ans du salon. Ce sera l’oc­ca­sion de nous atta­cher à déco­der les nou­velles habi­tudes de consom­ma­tion des mil­le­nials ».

Chris­tophe Pra­dère, pré­sident  de BETC Desi­gn.

« J’é­tais triste il y a quatre ou cinq ans de voir ce qu’é­tait deve­nu Maison&Objet – et par exten­sion Paris Desi­gn Week. Toutes les marques qui vou­laient se légi­ti­mer sur le desi­gn allaient à Milan et Paris n’é­tait vrai­ment pas la capi­tale de la créa­tion en matière de desi­gn et d’ar­chi­tec­ture. » 

Mais tout cela appar­tient au pas­sé : « Cette année, en par­ti­cu­lier, un tra­vail admi­rable a été réa­li­sé. Maison&Objet  est sor­ti de sa tor­peur avec des par­ti­ci­pants qui ont inves­ti (comme DCW édi­tions, par exemple). Il y avait une éner­gie extrê­me­ment forte qui a pro­fi­té natu­rel­le­ment à la Paris Desi­gn Week. C’est comme à Milan, le off est génial parce que le salon est génial ».

Chris­tophe Pra­dère estime que l’un des points forts de Maison&Objet est « sa capa­ci­té à jouer avec deux ten­dances : fran­co-fran­çaise et mon­diale. La ten­dance fran­co-fran­çaise, plus spé­ci­fi­que­ment, voit le ren­for­ce­ment du craft et de l’ar­ty, ce qui per­met de remettre en selle des métiers d’art où la France était naguère experte ». 

De façon géné­rale, Chris­tophe Pra­dère insiste sur cinq mou­ve­ments de fond : « D’a­bord, le plas­tique qui laisse la place à des maté­riaux simples et natu­rels. Ensuite, et cela m’at­triste, une prio­ri­sa­tion de la déco sur la démarche du desi­gn – la tri­bu AD Maga­zine a man­gé celIe d’In­tra­mu­ros.
La culture du mashup, aus­si, sorte d’ul­tra-per­son­na­li­sa­tion sty­lis­tique. Puis, on est entré dans l’air Ins­ta­gram : si le pro­duit n’est pas ins­ta­gram­mable c’est fini. Il n’y a plus de bon ou de mau­vais goût, on est pho­to­gé­nique où on ne l’est pas. Enfin, la déco est de plus en plus sur le value for money : un bon style, une qua­li­té cor­recte et un prix imbat­table (HK Decors par exemple) ».

Phi­lippe de Mareil­hac, DG de Team Créa­tif Groupe et DG de Mar­ket Value.

Pour Phi­lippe de Mareil­hac, les choses sont claires :  « Il est impor­tant que Paris Desi­gn Week ne soit pas ani­mé que par l’es­prit déco. Les agences de desi­gn ont toute leur place, et en par­ti­cu­lier une agence comme Mar­ket Value qui se trouve à la jonc­tion entre le monde indus­triel, l’an­non­ceur et le consom­ma­teur ».

Mar­ket Value, agence spé­cia­li­sée dans le desi­gn retail, a appré­cié le « double flux » géné­ré par la Paris Desi­gn Week : d’un côté l’op­por­tu­ni­té d’at­teindre direc­te­ment le grand public, et de l’autre l’ac­cès à une popu­la­tion jeune, venue en masse, dans laquelle l’a­gence trou­ve­ra peut-être ses futurs clients et col­la­bo­ra­teurs.

L’é­vè­ne­ment a aus­si été l’oc­ca­sion pour Mar­ket Value de faire connaître de façon large son exper­tise en matière de RSE et de déve­lop­pe­ment durable – sa Green Griffe – lors de l’ex­po­si­tion Maté­rio­mor­phose mise en place dans les locaux de l’a­gence et ouverte au public, puis­qu’in­té­grée au par­cours de la Paris Desi­gn Week. Phi­lippe de Mareil­hac insiste sur la néces­si­té d’être concret dans le domaine du déve­lop­pe­ment durable  : « Nous pous­sons nos clients à faire des choix rai­son­nés, comme choi­sir du lino­leum (à base de com­po­sants végé­taux) plu­tôt que des résines syn­thé­tiques ou encore uti­li­ser du bois de type Green­pa­nel (pan­neau struc­tu­rel d’un poids extrê­me­ment faible) plus éco­lo­gique et résis­tant ».

Et puis, quelques mots sur Maison&Objet avec, pour com­men­cer, un regret : « On est quand même pas très loin de la sur­dose, avec cette ava­lanche de nou­veau­tés, toutes orien­tées vers les mêmes ten­dances du moment. Les marques en perdent leur iden­ti­té. La nou­veau­té pour la nou­veau­té, c’est à l’op­po­sé de la démarche du desi­gner. »

Cela dit, Phi­lippe de Marei­lahc estime que lorsque Maison&Objet traite une thé­ma­tique comme Work, il y a lieu d’être enthou­siaste : « Là c’est pas­sion­nant car on est dans une réflexion de fond : plus de sens, plus d’ef­fi­ca­ci­té, plus de noma­disme ».

San­dra Biag­gi, obser­va­trice aver­tie du desi­gn pari­sien (et rédac­trice en chef de The ODP Let­ter).

Concer­nant la Paris Desi­gn Week, San­dra Biag­gi a for­te­ment appré­cié de pou­voir décou­vrir de nou­veaux acteurs du desi­gn et d’é­ta­blir un rap­port pri­vi­lé­gié avec de nou­velles marques. Par exemple, Super­front, marque sué­doise, qui pro­pose de reloo­ker les cais­sons Ikea  pour les rendre élé­gants : « Une démarche à la fois ver­tueuse et créa­tive ». Ou Serge Fer­ra­ri qui pré­sente son par­te­na­riat avec Lafu­ma, Fer­mob et Royal Bota­nia. Ou encore, le tra­vail du stu­dio 5.5 pour Tar­kett. Pour San­dra Biag­gi le prin­ci­pal avan­tage de l’é­vè­ne­ment est de « se faire ren­con­trer le grand public, les desi­gners et les entre­prises ».
S’a­gis­sant de Maison&Objet, « le nombre impor­tant de nou­veau­tés fait que si le par­cours n’a pas été soi­gneu­se­ment pré­pa­ré, on passe à côté de choses inté­res­santes. Et puis, on finit par se perdre dans un océan de pro­po­si­tions qui n’ont pas for­cé­ment de lien entre elles. Le tra­di­tion­nel côtoie la créa­tion contem­po­raine et inno­vante. La Colom­bie  (arti­sa­nat) se retrouve avec la Chine (peu ou pas d’in­no­va­tions). »

Et de conclure : « J’ai trou­vé l’é­vè­ne­ment Paris Desi­gn Week fina­le­ment plus inté­res­sant que le salon Maison&Objet en lui-même ».

Article pré­cé­dem­ment paru dans le Desi­gn fax 1122.