Emmaüs : le design résilient

Eugénie de Larivière est responsable du studio de design d’Emmaüs Alternatives X Les Résilientes. Une démarche où se mêlent création, réinsertion et écoconception.

Eugénie de Larivière, quel est votre parcours ?
J’ai démarré mon cursus par une prépa aux Beaux-Arts de Lyon, puis j’ai intégré l’ESAD Reims pour finir par un Master à la Design Academy à Eindhoven. Le design m’a toujours attirée du fait sa relation à l’objet, puis, par sa composante pédagogique. Après avoir terminé mes études, je suis resté aux Pays-Bas dans une bulle très théorique pour repenser l’éducation dans les écoles de design, thématique très à la mode à l’époque. De retour en France, je suis sortie de cette bulle en effectuant un service civique pour une l’association La Métisse dont les objectifs sont de défendre et promouvoir les artistes du spectacle vivant – et notamment les musiciens. Là, j’ai trouvé particulièrement intéressant la démarche mise en place en matière de professionnalisation et je me suis dit que l’on rencontrait les mêmes problématiques dans le design. Cela m’a amenée à monter le projet Les Résilientes que j’ai présenté à Emmaüs Alternatives et qui m’a proposée de l’intégrer.

Qu’est-ce que Emmaüs Alternatives X Les Résilientes  ? 
En France, Emmaüs ce sont 300 associations indépendantes qui adhèrent toutes à la charte Emmaüs. Emmaüs Initiatives est donc l’une de ces 300 associations, dont l’objectif est de favoriser l’accompagnement, l’insertion et l’autonomie des plus démunis. L’association dispose de huit points de vente sur Paris.  Les Résilientes est un projet qui lie design, insertion et récupération pour créer des collections d’objets uniques en série, refaits à partir de ressources destinées à la benne. Uniques parce que faits à partir de gisements de matériaux aléatoires, et en série parce qu’utilisant des techniques et designs adaptables à la diversité des produits issus d’un même gisement. Nous sommes un ACI – Atelier Chantier d’Insertion.

Comment fonctionne Emmaüs Alternatives X Les Résilientes  ?
Nous avons trois ans d’activité et sommes sept salariés : une équipe de cinq personnes en insertion professionnelle, une cheffe d’atelier et moi. Cette équipe se complète de personnes effectuant un service civique, des stagiaires ainsi que des retraités bénévoles, ce qui fait de ce projet un mouvement très intergénérationnel. Notre activité principale est de créer des objets uniques en série  : nous dessinons des collections autour d’une matière-objet.  Par exemple, nous récupérons le métal des cintres pour créer des abat-jours. Nous sommes en mesure de produire autant d’unité par collection que la demande l’exige. Nous sortons en moyenne de l’ordre de deux à trois collections par an, sachant que nous produisons tout nous-même. Nous travaillons pour le BtoC via une distribution en boutique ainsi que des ateliers de sensibilisation pour apprendre à fabriquer soi-même. Nous intervenons en BtoB en réalisant de la décoration pour les entreprises et en les accompagnant pour, par exemple, recycler leurs invendus en collaboration avec les designers internes. Nous les aidons à valoriser aussi d’anciennes matières comme avec Madura qui récupère les rideaux de ses clients pour en faire des coussins revendus ensuite dans leurs boutiques. Concernant le modèle économique Les Résilientes, nous avons bénéficié d’une subvention pour démarrer et devrions être à l’équilibre prochainement.

Quel est votre objectif à terme ?
Survivre et c’est déjà beaucoup de travail ! Plus sérieusement, nous sommes dans un monde complexe, surtout dans cette période post-Covid, et être là dans 5 ans serait déjà une victoire. Au-delà de ce contexte inédit, nous sommes sur un projet de deuxième atelier d’une dizaine de personnes. À terme, un modèle de fonctionnement qui comprendrait cinq ateliers de 10 personnes serait satisfaisant. En parallèle, nous réfléchissons également à de l’essaimage. 

Votre vision du design français ?
Le design français est actuellement dans une phase très intéressante. Même si nous ne sommes pas aussi avancés qu’aux Pays-Bas, nous n’en sommes plus très loin en matière de théorie et de recherche. Mais le plus important, finalement, est surtout que nous assumions d’être français et designers !

Un message en particulier pour terminer ?
Ré-enchantons le monde : voilà ma priorité. 

Article précédemment paru dans le Design fax 1168