WDO : inclusive design

Anne Asen­sio, Head of Desi­gn de Das­sault Sys­tèmes et WDO Board Mem­ber, et Gilles Rou­gon, Col­lec­tive Inno­va­tion Cata­lyst à EDF et WDO Regio­nal Advi­sor nous parlent de la WDO.

Qu’est-ce que la World Desi­gn Orga­ni­za­tion (WDO) et quels y sont vos rôles res­pec­tifs ?
G.R. La WDO, ancien­ne­ment Conseil inter­na­tio­nal des socié­tés de desi­gn indus­triel (Icsid), est une orga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale non gou­ver­ne­men­tale dont la mis­sion est de pro­mou­voir la pro­fes­sion de desi­gner indus­triel avec sa capa­ci­té de créer de meilleurs pro­duits, sys­tèmes, ser­vices et expé­riences, tout en visant une socié­té pros­père, plus juste et plus res­pec­tueuse de l’environnement. De 12 asso­cia­tions de desi­gn fon­da­trices en 1957, la WDO s’est déve­lop­pée pour inclure aujourd’hui plus de 170 orga­ni­sa­tions membres de plus de 40 nations. La WDO a un sta­tut consul­ta­tif spé­cial auprès des Nations Unies. Pré­ci­sons que la WDO est une orga­ni­sa­tion à fort ADN euro­péen parce que construite d’après les prin­cipes de Jacques Vié­not (ndlr : Jacques Vié­not est le fon­da­teur de l’a­gence Tech­nès en 1949, pre­mière agence de desi­gn indus­triel en France – dont le direc­teur artis­tique fut Roger Tal­lon. En 1951, il crée l’Ins­ti­tut d’Es­thé­tique Indus­trielle, deve­nu IFEI en 1972, puis Ins­ti­tut Fran­çais du Desi­gn en 1984. Il a éga­le­ment contri­bué à la créa­tion de l’Ic­sid en 1957). Bien sûr, tout cela a évo­lué mais cet ADN fran­çais demeure. D’autre part, la WDO est la seule orga­ni­sa­tion mon­diale qui ras­semble tous les dif­fé­rents types d’acteurs du desi­gn : uni­ver­si­taires, écoles, agences de desi­gn, pro­fes­sion­nels du desi­gn, syn­di­cats et plus récem­ment des villes. C’est une pla­te­forme des­ti­née aux acteurs qui font du desi­gn ou qui uti­lisent le desi­gn. Enfin, sur l’ensemble des pays membres, ce sont la Chine l’Inde et la France qui sont les mieux repré­sen­tés. Plu­sieurs Fran­çais se sont suc­cé­dés au board : Daniel Qua­rante, Anne-Marie Bou­tin, Pierre-Yves Pan­is, moi-même et aujourd’hui Anne Asen­sio. Les Fran­çais sont appré­ciés au board car nous avons, en toute modes­tie, la répu­ta­tion d’être tra­vailleurs et de dis­po­ser d’une excel­lente capa­ci­té de syn­thèse stra­té­gique et opé­ra­tion­nelle. Der­nière pré­ci­sion, en tant qu’ancien membre du board je conserve un lien étroit avec les dif­fé­rents pro­grammes euro­péens et suis atten­tif à conser­ver un atta­che­ment fort entre la France et la WDO. 
A.A. J’ai pris la suite des membres fran­çais du board grâce à Gilles qui m’a pro­po­sé de me pré­sen­ter. Les acti­vi­tés de membre du board sont en ce moment évi­dem­ment très par­ti­cu­lières puisque j’ai rejoint le board au début du confi­ne­ment et sommes donc dans un modèle tota­le­ment distanciel.

Votre regard sur Lille Métro­pole 2020 Capi­tale Mon­diale du Desi­gn ?
A.A. Les acteurs ont été très inno­vants à la fois dans le concept, la pré­sen­ta­tion du pro­jet et son exé­cu­tion – notam­ment avec les mai­sons POC qui sont une créa­tion bien fran­çaise. Nous sommes actuel­le­ment dans une conso­li­da­tion de l’expérience, en regar­dant com­ment don­ner à voir et pré­sen­ter le desi­gn. Avec Lille on a réus­si à don­ner au desi­gn un fort impact sur le grand public.
G.R. Il y a eu aus­si une véri­table inno­va­tion avec les 24 heures non-stop de dia­logues sur le pré­sent et le futur du desi­gn de Rue­di Baur. La WDO repren­dra d’ailleurs cette façon de pro­cé­der pour cer­tains de ses pro­chains évè­ne­ments du World Desi­gn Day.

Com­ment se décide la pro­gram­ma­tion évè­ne­men­tielle de la WDO ?
A.A. Le rythme de la WDO res­semble beau­coup à celui de l’ONU, mais tou­jours avec une com­po­sante desi­gn forte. Je crois pour ma part beau­coup à cette notion de rituel qui per­met aux uns et aux autres de s’inscrire dans la durée. Je vou­drais en par­ti­cu­lier par­ler des Inter­de­si­gn, dont la pre­mière ses­sion remonte à 1971. Ils sont au cœur de la pen­sée desi­gn avec des work­shops sur des pro­blé­ma­tiques impor­tantes en matière de déve­lop­pe­ment durable, les 17 sus­tai­nable goals de l’ONU éta­blis en 2015, sur les­quels la WDO s’inscrit de façon abso­lue. Les Inter­de­si­gn vont évo­luer, non pas dans leur conte­nu, mais en met­tant en mou­ve­ment la démarche desi­gn.
G.R. Deux autres leviers existent qui ne sont pas assez uti­li­sées : nous invi­tons tout acteur du desi­gn à faire des pro­po­si­tions sur la pla­te­forme WDO, dès lors qu’il a une pro­po­si­tion d’évènement à impact natio­nal ou mon­dial. D’autre part, nous devrions, nous Fran­çais, davan­tage uti­li­ser notre bonne image de proac­ti­vi­té sur ce que le desi­gn en peut appor­ter au monde – je pense notam­ment à la réflexion sur de nou­velles formes de vie col­lec­tives aux­quelles le desi­gn peut for­te­ment contri­buer, ce que la crise sani­taire a par­ti­cu­liè­re­ment mis en valeur.

Votre vision de la WDO ?
A.A. J’arrive dans une struc­ture qui est pleine trans­for­ma­tion du fait de la crise sani­taire, avec de sur­croît une réflexion sur les apports de la digi­ta­li­sa­tion pour pas­ser d’un fonc­tion­ne­ment très sta­tu­taire à une orga­ni­sa­tion du 21e siècle. J’ai tout par­ti­cu­liè­re­ment à l’es­prit la créa­tion de la nou­velle pla­te­forme WDO qui met­tra à dis­po­si­tion des outils allant bien au-delà de la simple coor­di­na­tion de calen­driers, avec de la res­source et des exper­tises qui per­met­tront aux desi­gners de maxi­mi­ser leur impact. Il nous faut aus­si capi­ta­li­ser, archi­ver et dif­fu­ser tout ce qui relève de la best prac­tice dans l’hyper trans­for­ma­tion que connaissent à la fois le métier de desi­gner et la pra­tique du desi­gn. Il s’a­git du pro­jet Value sur lequel nous tra­vaillons actuel­le­ment. 
G.R. Il faut savoir que le pilier aca­dé­mique était très struc­tu­rant jus­qu’il y a peu. Le pilier cor­po­rate est récent, tota­le­ment accep­té en interne au regard des évo­lu­tions socié­tales, avec notam­ment les entre­prises à mis­sion. Il s’agit de don­ner les bons outils aux desi­gn lea­ders pour qu’ils soient au cœur des trans­for­ma­tions des orga­ni­sa­tions. Il y a un sujet qui me tient très à cœur, ce sont les ques­tions autour du desi­gn mana­ge­ment et du desi­gn stra­té­gique. 
A.A. On a aus­si acti­vé la com­mu­nau­té des desi­gners de la WDO au niveau mon­dial et j’ai beau­coup appré­cié ces moments d’échanges pen­dant la crise sani­taire où on a expé­ri­men­té avec une richesse extra­or­di­naire. Cette com­mu­nau­té est vibrante et donne une impres­sion de chaîne conti­nue. J’apprécie cette approche du desi­gn à la fois inter­cul­tu­relle et inter­gé­né­ra­tion­nelle. Et on ira encore plus loin grâce aux outils numé­riques. En bref, je suis très enthou­siaste sur le fait que la com­mu­nau­té mon­diale des desi­gners va de plus en plus se rendre compte qu’elle existe – et sur­tout de son poten­tiel d’action sur l’évolution des grandes pro­blé­ma­tiques sociétales.

Votre ana­lyse du New Euro­pean Bau­haus ini­tié par la Com­mu­nau­té euro­péenne ?
A.A. Le New Euro­pean Bau­haus appa­raît au moment où le desi­gn connaît une révo­lu­tion numé­rique avec cette pro­blé­ma­tique cen­trale de com­ment res­ter humain dans un océan de tech­no­lo­gie. C’est une réflexion que nous menons depuis long­temps. Le BEDA est très actif sur le New Euro­pean Bau­haus (ndlr : voir Df 1185), mais la WDO est évi­dem­ment prête à appor­ter sa contri­bu­tion, d’autant que nous dis­po­sons d’archives qui consti­tuent un véri­table tré­sor d’écrits et d’analyses.
G.R. Au-delà du New Euro­pean Bau­haus, je vou­drais rap­pe­ler que la plu­part des orga­ni­sa­tions mon­diales de desi­gn sont nées en Europe, illus­trant que l’Eu­rope est le ber­ceau du desi­gn : WDO (1957) puis chro­no­lo­gi­que­ment IFI, Ico‑D, BEDA, Cumu­lus, et à par­tir de 2004, SDN (Ser­vice Desi­gn Net­work), Ida, etc. Cela prouve la vita­li­té de l’Europe dans l’évolution de la pen­sée et la pra­tique du design. 

Article pré­cé­dem­ment paru dans le Desi­gn fax 1188