ADC : une présidence au féminin

Entretien avec Delphine Dauge, directrice générale de SGK Brandimage et nouvellement élue présidente de l’Association Design Conseil (ADC).

Delphine Dauge, rappelez-nous votre parcours ?
J’ai un double parcours : agences de communication et agences de design, mais en ayant toujours travaillé sur les marques, et de façon très structurante pour ce qui concerne le design. Je suis depuis plus de 11 ans à la tête de Brandimage, recrutée par Joël Desgrippes qui a créé l’agence en 1971, il y a 50 ans.

Avant de parler de votre mandat à l’ADC, quelques mots sur Brandimage ?
Brandimage est une agence comprenant 47 collaborateurs, qui fait partie depuis 2012 de SGK (ndlr : SGK est groupe américain, spécialisé en branding et packaging, comprenant 6 500 collaborateurs. SGK est lui-même une division de la Matthews International Corporation, société cotée au Nasdaq). Brandimage est une agence de création dont le positionnement est basé sur l’idée de simplifier l’écosystème pour mieux le renforcer et ainsi créer de la valeur. Notre expertise consiste à développer des marques fortes, distinctives et cohérentes, tout le long du parcours client. C’est, au passage, la grande force des agences de design en général que d’apporter cette cohérence globale. Brandimage a passé correctement l’année 2020 mais avec une activité en baisse de 30 % car nous avons beaucoup de clients dans le secteur du tourisme ou du transport. Je tiens d’ailleurs à les remercier ici car ils ont été remarquables et nous ont soutenus dans cette période de forte tension. On a travaillé en parfaite intelligence dans un esprit de grande solidarité entre marque et agence. Concernant les budgets, nous avons une approche très simple : on se met d’accord sur une enveloppe. C’est une discussion bénéfique pour l’ensemble des parties prenantes. Concernant les perspectives, nous sommes concentrés pour accélérer le retour au business. Heureusement, le luxe se porte bien donc nous ne connaîtrons pas de rupture de charge. En parallèle, on travaille au retour à une vie d’ouverture et de voyage. Il y a beaucoup de nouveaux projets, ainsi qu’un vrai optimisme qu’il convient de saluer. Cela dit, 2021 sera aligné sur 2020 en termes business, et on ne fera pas beaucoup mieux.

Quelle est votre feuille de route en tant que présidente de l’ADC ?
L’ADC est l’association des agences design du marché français, dans toute ses composantes et métiers  : branding, retail, packaging, naming, rédactionnel digital, structural design (ndlr : pas de design industriel), avec de grosses et de petites agences. On veut d’abord veut monter la richesse et la diversité des agences. Nous sommes d’ailleurs en train de définir la plateforme de marque ainsi que les actions avec le bureau, composé d’une majorité de femmes. Notre idée est de montrer que le design est une source de progrès durable en mettant en avant trois éléments clés : le design est un progrès pour les marques, car il permet de répondre et de transcender leurs problématiques ; le design est un progrès humain – avec la pandémie on a vu que l’économie s’est arrêtée pour s’occuper de nos aînés –, c’est-à-dire que nous sommes un people business, un collectif de gens qui voulons mettre l’accent sur l’inclusion, l’ouverture,  par exemple en montrant aux jeunes de lycées sensibles qu’ils peuvent rejoindre nos métiers, en aidant davantage les femmes qui sont majoritaires dans nos métiers à prendre les plus hautes fonctions – bref, être diversifiés, ouverts et paritaires ; enfin, le design constitue un progrès en matière d’attractivité et de performance avec des réels indicateurs créatifs, économiques – cela, afin d’inciter start-up et acteurs du CAC 40 à travaillent avec l’ADC. En résumé, nous voulons mettre en avant la richesse et l’attractivité de l’offre design dans sa globalité. Et pour cela, nous allons constituer des commissions avec des thématiques précises : comment animer nos communautés  ; talents et lycées (faire parler des jeunes designers) ; comment parler de l’ADC et avec quels contenus ; comment parler de la dimension durable. Nous allons également réaliser des études ad hoc, partager en interne avec des ateliers spécifiques de types RH, créatifs ou commerciaux.

Comment percevez-vous le design français ?
Ce qui est intéressant c’est que la France a une vraie signature design avec des designers comme Mathieu Lehanneur ou Noé Duchaufour-Lawrance. Je note également le retour à la dimension locale : le design français a vraiment une carte à jouer dans cette dynamique. Les marques sont d’ailleurs en train de l’intégrer. C’est donc une double dynamique et c’est intéressant pour nous stratèges de marque. 

Un message pour terminer ?
Je pense que les agences de design doivent agir ensemble. La dimension collective de la diversité ne peut que montrer la richesse de nos réflexions. Il faut que les agences communiquent clairement le rôle du design et en quoi elles peuvent aider marques. Nous, les agences, sommes capables de faire le lien entre le digital et le physique, entre les mots et les images. C’est important et nous devons le faire savoir.

Article précédemment paru dans le Design fax 1196