Epoka is the new hybrid

Mathieu Gabai, co-président d’Epoka, nous fait part de sa vision de la communication, de son analyse du marché, de ses ambitions, mais aussi de ses liens actuels et futurs avec l’écosystème du design.

Mathieu Gabai, quel est votre parcours  ?
Je suis diplômé de l’École centrale Paris (ndlr : aujourd’hui CentraleSupelec) en 1999. Pendant ma scolarité, je me suis beaucoup investi dans un certain nombre associations de l’école, qui en comptait une centaine, ce qui m’a permis de me rendre compte que l’entrepreneuriat m’intéressait. En dernière année, j’ai eu l’idée de monter un raid sportif autour de la thématique de la marque employeur, car à l’époque il y avait une pénurie de talents et il fallait trouver un moyen de se faire rencontrer différemment entreprises et candidats potentiels. Je précise que ce concept de raid sportif est toujours d’actualité et repris d’année en année. Cela a constitué une première découverte de l’entreprise et de son fonctionnement. Ce fut aussi la découverte du milieu des agences de communication. Après mon diplôme, J’ai rejoint l’agence de communication Frégates où j’ai rapidement pris des responsabilités ainsi qu’une participation au capital. Ensuite, j’ai rejoint Unilog (ndlr : aujourd’hui Logica) où j’ai été directeur marketing et ingénieur d’affaires dans une des business unit. Cela a été l’occasion de découvrir le fonctionnement d’un grand groupe de l’intérieur et d’en constater à la fois les potentiels et limites. Ces passages en agence de communication et en entreprise ont été un gain de temps important pour la suite. Au bout de deux ans, en 2003, j’ai décidé de créer une agence pour accompagner entreprises et institutions dans leur communication. Ce fut Quatre Vents qui comptait au départ quatre personnes installées dans 60 m². Nous avons grossi rapidement, en couplant croissance organique et externe afin d’être en capacité d’être présent sur les tous les volets de la communication corporate et avec comme objectif de combiner sens et performance, c’est-à-dire apporter une réponse différente et créative avec un retour sur investissement élevé.

Comment se positionne Epoka ?
Quatre Vents est devenue Epoka il y a presque quatre ans. Cette évolution de nom est liée aux divers rapprochements successifs avec d’autres structures, ce qui a élargi le positionnement historique. La marque Epoka est un étendard global avec une histoire qui canalise le passé pour réussir le présent et préparer l’avenir. En d’autres termes, on s’adapte à l’époque. Nous sommes 200 personnes et réalisons un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros. En matière de positionnement, il convient de préciser que le marché sur lequel nous agissons est prolifique en structures de toute nature : agences indépendantes comme nous, petites agences, réseaux internationaux. Ce qui nous distingue est d’être une alternative aux grands réseaux avec une qualité de créativité et de contenu aussi bonne voire meilleure, tout en étant performant et agile. Je dirais que nous avons à la fois plein de concurrents et en même temps pas de concurrents. Sur les 100 derniers dossiers sur lesquels nous étions en concurrence, nous n’avons pas retrouvé 10 fois la même agence. 

L’hybridation semble tenir une place centrale dans votre stratégie ?
Notre offre cohérente et ajustée est aussi le fait d’un écosystème performant dans lequel nous sommes suivant les cas partenaires ou actionnaires : cabinet de consulting, institut de sondage, agence de marketing digital, agence d’évènementiel, etc. Notre volonté est de pouvoir discuter chez l’annonceur avec un directeur de la communication et un directeur général et être en mesure de challenger l’ensemble de la stratégie puis de la décliner en communication. Nous ne sommes bien sûr pas les seuls à hybrider, c’est-à-dire disposer d’un écosystème, mais nous nous distinguons par notre investissement particulièrement important dans notre propre marketing et communication – investissement que nous réalisons de façon récurrente – ce qui génère un niveau de notoriété et de reconnaissance très élevé par rapport à notre taille. Cela dit, sur les 300 clients que nous accompagnons, seuls une trentaine sont accompagnés avec l’ensemble de nos dispositifs. Mais c’est aussi cette capacité à hybrider qui nous place comme une alternative intéressante aux très gros acteurs. Nous sommes bien adaptés à la réalité de la période et aux enjeux de nos clients et prospects.

Votre vision du marché dans les cinq ans à venir  ?
Ce que l’on observe est une accélération des dossiers avec de plus en plus de projets compliqués, urgents et à forts enjeux. On voit beaucoup d’entreprises qui se concentrent sur leur core business et demandent de ce fait davantage d’AMOA (ndlr : assistance à maîtrise d’ouvrage), notamment pour du change ou de la communication. Ainsi, 20 % de nos ressources, soit 40 personnes, sont chez nos clients. D’autre part, il y a beaucoup de projets en mode agile. Chez nous, 30 % des projets sont menés de cette façon. Ces tendances vont certainement s’accentuer, du moins se stabiliser. De manière plus large, les changements que nous avons connus ces 12 derniers mois sont si importants qu’il est difficile de prévoir ce qu’il va se passer. On nous avait promis que tout allait changer, que plus rien ne serait comme avant. Force est de constater que les fondamentaux demeurent : il faut une stratégie solide, une promesse crédible et attractive, un vrai contenu et une démultiplication pertinente vers les publics cibles. Pour ce qui concerne spécifiquement Epoka, en 2019 notre objectif était de doubler de taille en 2024. Compte tenu de la crise sanitaire et en même temps de la reprise vigoureuse du marché, cet objectif demeure avec seulement un an de décalage. Nous voulons réaliser 50 millions d’euros de marge brute en 2025 avec 350 à 400 personnes. Et toujours avec cette capacité à hybrider qui fait notre force, c’est-à-dire constituer des écosystèmes cohérents où différents acteurs de provenance diverse s’intègrent rapidement et harmonieusement. 

Pensez-vous intégrer une activité de design ?
Le design fait partie du quotidien d’Epoka. Comme la plupart des agences de communication nous avons des designers, et en particulier des équipes assez pointues sur les sujets de la marque. Ceci étant, pour atteindre notre objectif de croissance nous serions ravis de discuter avec des agences de design pour voir comment elles pourraient intégrer notre écosystème, sachant que ce qui nous intéresse avant tout, au-delà de l’aspect sectoriel, est l’expertise des équipes. Je suis donc à l’écoute de toute opportunité de partenariat ou de participation qui serait compatible avec nos valeurs et ambitions.

Un message pour terminer ?
On est dans un métier passionnant. Tout ne se réinvente pas en permanence mais les défis de la communication sont immenses, et les années qui viennent promettent d’être intéressantes. La crise que nous avons passée a fait bouger des lignes fondamentales et a accéléré beaucoup de choses. Et on n’est certainement pas à l’abri d’un fort rebond économique avec à la clé une problématique de pénurie de talents.

Article précédemment paru dans le Design fax 1202