Ma.Na. : design et métiers d’art

Thomas Dariel, fondateur de Dariel Studio et de Maison Dada, porte aujourd’hui un autre projet : le campus Ma.Na qui ouvrira ses portes en 2022.

Thomas Dariel pourriez-vous vous présenter ?
T.D. Je suis un designer, architecte d’intérieur et entrepreneur créatif. J’ai 38 ans et ai directement monté mon agence de design et d’architecture intérieure en 2006 en Chine, à Shanghai. 15 ans plus tard l’agence est toujours là, avec de belles références, sachant que l’on est arrivé au moment où les agences de design partaient quasiment de zéro. J’ai pas mal crapahuté en Asie dans les domaines de l’hôtellerie des concept stores et du luxe). En 2016, j’ai lancé Maison Dada à Shanghai, puis en 2018 à Paris. Cette marque française se développe bien avec de nouvelles collections lancées chaque année. Je dessine 90 % du mobilier mais j’ouvre de plus en plus à d’autres designers. Sur un plan opérationnel, Dariel Studio compte 35 personnes en Asie et y réalise environ 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’activité est stable, l’équipe est solide, et on a été assez peu impacté par la Covid. Un exemple de la robustesse de notre fonctionnement : je n’ai pas été en Chine depuis plus d’un an et l’équipe a parfaitement tenu. Quant à Maison Dada, elle réalise 3 millions d’euros de chiffre d’affaires et est valorisée aujourd’hui à 10 millions d’euros (ndlr : un fonds d’investissement est présent au capital). Maison Dada avec plus de 20 personnes et deux show-rooms à Paris et Shanghai est présente dans 70 pays à travers une centaine de distributeurs. Nous sommes donc à la fois designers, éditeurs et producteurs : ce sont des métiers différents. Et donc, cela pose beaucoup de questions, notamment, sur le comment faire, avec quelle éthique et selon quels process. Plus globalement, cela revient à définir ce que doit être un made in France moderne, intelligent, éthique et économiquement viable. Et une partie de la réponse est sans doute dans l’hybridation des lieux de production et des savoir-faire, comme fabriquer des composants ou des sous-ensembles en Chine qui seront ensuite montés ou assemblés en France. 

Parlez-nous de ce campus Ma.Na.
T.D. Je suis très concerné par les notions de collectif et de transmission du savoir. Quand on va en Chine ou en Italie, tout est fédéré et organisé. En France, il y a encore une barrière entre les métiers d’art et les designers, même si cela évolue. Il se trouve que j’ai acheté une maison de campagne en Bourgogne, région où se trouve un terrain d’une superficie de 37 hectares, occupé précédemment par l’antenne de l’école vétérinaire de Maisons-Alfort (cf. Df 1206), avec une belle infrastructure de bâtiments. J’ai donc décidé de racheter ce terrain, situé à Champignelles, pour y créer le campus Ma.Na. destiné aux professionnels du design et de l’architecture afin qu’ils puissent travailler ensemble sur des sujets précis. On ouvre en avril 2022 en pré-rodage pour une ouverture officielle en septembre 2022. L’idée est de créer un écosystème d’innovation avec des programmes, qui ne sont pas en concurrence avec ceux des écoles d’art ou de design, qui permettent de se former sur des sujets qui combinent design et architecture avec métiers d’art, comme, par exemple design et ébénisterie. C’est le projet d’une vie et je veux aborder toutes les thématiques, du culinaire au spatial, en abordant toutes les composantes de la chaîne de valeur, et notamment les aspects environnementaux. On s’adresse à un public international mais spécialisé. Il y a une idée de mixité de cultures et de niveaux d’étude. Par exemple, un artisan designer ira discuter avec un doctorant qui veut mieux comprendre certains aspects du métier. Voilà ce qui m’intéresse : la diversité des profils et des langages. Pour ce qui concerne le montage de l’opération, je suis le fondateur du campus Ma.Na. avec six associés, comme DCW éditions ou Lucas Pinton. Et j’aimerais beaucoup accueillir d’autres partenaires. Je pense par exemple à Hectar (ndlr : Hectar est un établissement d’enseignement supérieur privé spécialisé dans la formation aux métiers agricoles et de reprise d’exploitation, créé et financé par Audrey Bourolleau et l’homme d’affaires Xavier Niel) ou encore Saguez & Partners, et plus généralement à des acteurs avec une approche à la fois européenne et tournée vers l’innovation.

Votre vision du design français ?
T.D. Je pense qu’il est injustement méconnu. Les designers français ne sont pas assez poussés par les collectivités et les instances officielles. Il y a une génération de designers et d’architectes très talentueux actuellement, et on n’a jamais autant innové qu’en 2021. Il faut vraiment que nous soyons beaucoup plus fédérés et portés par les autorités. Il n’y a pas que les arts visuels qu’il faut aider ! Je crois beaucoup à la puissance de la verticalité et de la parole officielle. Je note par ailleurs que des acteurs comme Maison&Objet jouent de plus en plus un rôle de fédérateur et de promoteur du design français. J’ai ainsi négocié avec Philippe Brocart (ndlr : Philippe Brocart est directeur général de la SAFI, filiale d’Ateliers d’Art de France et de Reed Expositions France, entité organisatrice de Maison&Objet) qu’il y ait lors de la prochaine édition de Maison&Objet un pavillon dans le hall 7 consacré aux maisons françaises d’édition de mobilier – pavillon dont le nom reste à trouver.

Un message pour terminer ?
T.D. J’espère que 2022 sera une année folle et que le lancement de Ma.Na. puisse être l’occasion de réaliser un vrai collectif de passionnés !

Article précédemment paru dans le Design fax 1207