Stephane Ricou : un métier de paradoxes

Président de l’agence Paris-Venise qu’il a créée avec son ami Francesco Moretti, Stephane Ricou répond aux questions sur la profession que lui pose Gérard Caron.

Quand on dirige une agence, dont le taux de progression annuel est régulièrement à deux chiffres, on doit bien avoir quelques idées sur le sujet…

GC :Quel est ton regard sur la profession telle qu’elle est aujourd’hui ?

SR : Si on regarde notre métier de l’intérieur, on ne peut que constater que chacun joue pour soi ! C’est un métier d’individualistes où chacun a des convictions mais qui ne sont partagées…que par lui.
Quand on veut tenir un discours global sur lequel tout le monde est d’acord, on tombe vite dans les banalités.

GC :Un porte-parole de la profession ne peut donc exister ?

SR : On a besoin d’un discours que je qualifierai de  » haut de gamme « , pour faire émerger une nouvelle prise de conscience par rapport à notre profession qui reste encore assez floue. Quel est la définition des mots : branding, corporate identity et même design ? Qu’est-ce que l’on y met. Pour le porte-parole, c’est toujours le même nom qui circule et tu le connais bien !…(rire) . Et puis chacun est en train de pédaler plus vite que son voisin ; notre métier est en progression, alors nous sommes tous focalisés sur les structures.

GC : Et de l’extérieur, comment vois-tu la profession ?

SR : Le design prend plus de poids chaque jour vis à vis des entreprises et des responsables. Franck Riboud tient à voir lui-même certaines créations de packaging.

Mais, et ceci est un paradoxe, nous ne sommes pas rémunérés à la juste valeur de notre responsabilité par rapport à la marque et ses produits. On n’a pas les moyens d’effectuer des voyages d’études, d’engager des talents complémentaires au design, de prendre du temps et de sortir du microcosme parisien. 

GC : manque d’argent ou manque de temps ? »

SR : Le métier se sophistique : nous sommes de plus en plus impliqués en amont alors qu’on nous réduit le temps de création. Autre paradoxe. Notre méier consiste à donner des idées fraîches et à offrir une grande capacité de réflexion. Mais hélas, on ne peut pas jouer cela à fond pour deux causes principales :

 1- nos interlocuteurs dans les entreprises ont rarement une vue et un pouvoir de décision sur la stratégie globale,

 2- les compétitions de plus en plus nombreuses font que nos délais sont de plus en plus courts. Le temps accordé à la réflexion et à la création se réduit, alors que celui accordé à la validation s’allonge. Dommage. Mais notre métier, Gérard, n’échappe pas à l’ère de l’immédiateté et de l’urgence…