Vitrac : et le produit changea l’entreprise …

Il est des per­sonnes que l’on a plai­sir à rencontrer.
Jean-pierre Vitrac évo­lue dans le desi­gn pro­duit depuis près de 35 ans. Il fait par­tie de ces quelques pion­niers fran­çais de notre métier. A‑t-il pour autant toute la place que son talent mérite ? En tous les cas, pour Admi­rable Desi­gn il livre sa vision du métier… où la créa­ti­vi­té pour­rait bien chan­ger la face des entreprises !

A médi­ter plus que jamais…

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Tiens, un desi­gner qui se dit industriel !

Admi­ra­ble­De­si­gn : vous, vous pré­sen­tez comme desi­gner industriel ?

Jean-pierre Vitrac : oui, par réac­tion, car aujourd’­hui, le terme desi­gn est assez flou et regroupe des métiers comme le plas­ti­cien, le sty­liste, le desi­gner pro­duit, l’ar­tiste … Que de che­min par­cou­ru depuis l’o­ri­gine avec le Bahaus et la « sty­lis­tique » chère à Fran­çois Mit­te­rand. De mon point de vue, ce flou nous des­sert et la pro­fes­sion aurait bien besoin de faire un effort de clarification.

Ad : Vous êtes à l’o­ri­gine de nom­breuses ini­tia­tives dans le desi­gn. Qu’est-ce qui vous fait fonctionner ?

JpV : Si vous vou­lez par­ler de « Dezides », on a vou­lu avec Yvon Poul­lain, un ami indus­triel, faire débat autour du desi­gn pro­duit. Don­ner la parole aux acteurs et per­mettre un échange avec le grand public. Suite à des appels à pro­jets auprès de jeunes desi­gners on allait même jus­qu’à fabri­quer le pro­duit si la dis­tri­bu­tion en assu­rait la diffusion.
Mal­heu­reu­se­ment les indus­triels étaient aux abon­nés absents.…

Ad : mal­gré tout, vous avez tou­jours la même envie ?

JpV : tou­jours. Je lis les maga­zines, je vois des pro­duits superbes. Et lorsque je des­cends dans la rue, rien. Je tra­vaille sou­vent en Ita­lie. Force est de consta­ter que le fameux desi­gn ita­lien est dif­fi­cile à trou­ver dans le quo­ti­dien de l’i­ta­lien ordinaire !
Ce qui m’a tou­jours ani­mé, c’est de trou­ver dans les maga­sins, les pro­duits dont j’ai tou­jours rêvé.

Où sont ces mer­veilleux pro­duits des maga­zines ? Des efforts impor­tants sont faits pour la réa­li­sa­tion de pro­to­types. Moi, je reste prag­ma­tique face à cette envie et aux réa­li­tés de l’entreprise.

Je m’ef­force de la concrétiser.

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Ad : Réa­li­té – Entre­prise – Desi­gn, ça fait bon ménage ?

JpV : tous les indus­triels ont les mêmes pro­blèmes : com­ment dimi­nuer les dépenses et aug­men­ter les béné­fices ; mais au delà, il y a d’autres enjeux comme la créa­tion d’une per­son­na­li­té d’en­tre­prise et je pense que le desi­gn doit la faire émerger.

Tra­vailler en pool…

Ad : c’est ce que vous faites avec le Desi­gn Pool ?

JpV : on doit se rap­pro­cher de la réa­li­té de l’en­tre­prise. C’est une chose que l’on n’en­seigne pas assez dans les écoles de
desi­gn. Notre objec­tif est le même avec l’in­dus­triel : la pro­duc­tion d’ob­jets selon cer­taines fina­li­tés. Pour cela, il nous faut un lan­gage com­mun. C’est ce que nous essayons de faire avec le pool consti­tué d’un ensemble de trois enti­tés auto­nomes et com­plé­men­taires pour répondre à l’in­dus­triel. Ne jamais perdre de vue que la créa­tion, est un tra­vail en com­mun. Pour cela, il est néces­saire que le desi­gn face par­tie inté­grante de l’en­tre­prise et de sa stratégie.

C’est tout le tra­vail amont qui est ici fon­da­men­tal, pour s’im­pré­gner de l’en­tre­prise, de sa stra­té­gie, et pro­po­ser des concepts. Dans un deuxième temps, le desi­gn concré­ti­se­ra les concepts en asso­ciant trans­ver­sa­le­ment des indi­vi­dus dif­fé­rents dans l’entreprise.

le desi­gn n’est pas ma pré­oc­cu­pa­tion première !

Ad : concrè­te­ment, com­ment fonctionnez-vous ?

JpV : le Desi­gn Pool, c’est aller à la ren­contre de l’en­tre­prise, qui a des ques­tions simples, autour de poten­tia­li­tés de déve­lop­pe­ment. Mais qui n’a pas su les voir, les abor­der. En fait, le desi­gn n’est pas notre pré­oc­cu­pa­tion pre­mière. Ce que nous fai­sons, c’est répondre à la ques­tion de l’en­tre­pre­neur : qu’est-ce que vous faites pour moi ? On cherche à ouvrir les champs d’ac­ti­vi­tés, voir ce qui n’a pas été vu, on apporte une capa­ci­té d’ou­ver­ture à l’en­tre­prise. Ensuite, on véri­fie par rap­port à sa culture, son mar­ché. On répond avec méthode à des ques­tions simples. Le fait de « qua­li­fier » l’en­tre­prise par des acteurs dif­fé­rents, nous apprend énor­mé­ment sur la per­cep­tion que l’on a d’une société.

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Ad : C’est ce que vous appe­lez « desi­gn déploie­ment » ?

JpV : le desi­gn déploie­ment répond à des règles simples :

1 – Lais­ser carte blanche à la créa­ti­vi­té concep­tuelle dans un contexte pré­cis d’objectifs.

2 – Eva­luer les concepts auprès du consom­ma­teur final selon plu­sieurs cri­tères (conte­nu / adé­qua­tion avec le ter­ri­toire de l’en­tre­prise / apport dans leur évolution …)
_ 3 – Véri­fier com­ment cette « matière créa­tive » est accueillie : bien connaître les rai­sons de rejet ou d’ap­pro­pria­tion des concepts par les uti­li­sa­teurs. C’est à par­tir de là que se fondent les déci­sions d’o­rien­ta­tion et de mise en oeuvre.

Dans la notion de déploie­ment, la notion d’ac­com­pa­gne­ment est fon­da­men­tale. Car la créa­ti­vi­té ne peut se mettre en place, prendre corps que dans la mesure où l’on déve­loppe les moyens de déci­sion dans l’en­tre­prise. C’est le seul moyen pour que notre apport abou­tisse, prenne corps dans l’en­tre­prise, par ses acteurs. Son orga­ni­sa­tion évo­lue, son pro­cess s’a­dapte, son offre s’en­ri­chie et du coup, les ten­dances appa­raissent. Et non l’inverse.
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les pos­si­bi­li­tés de déca­lage de l’entreprise…

Ad : En fait, vous obli­gez l’en­tre­prise à pen­ser autrement…

JpV : Mon tra­vail avec le pool, consiste à mettre en évi­dence les pos­si­bi­li­tés de déca­lage de l’en­tre­prise. L’a­ve­nir de l’en­tre­prise passe par une stra­té­gie créa­tive volon­ta­riste, qui va déter­mi­ner son ter­ri­toire, géné­rer des moti­va­tions fortes et garan­tir son succès.

L” entre­prise dans notre com­plexi­té actuelle, doit ouvrir le champ des pos­sibles en s’ap­puyant sur les forces vives. Elle fait évo­luer ses pro­duits. Et au final, ce sont les pro­duits qui vont la faire évo­luer et la mettre sur une dyna­mique de succès.

* Desi­gn pool : Vitrac (pool) + Mor­gan Desi­gn + Desi­gn Rendez-vous.
Les études de Desi­gn sont pilo­tées par Jean-pierre Vitrac et Jere­my Morgan.
Les études de cou­leurs, de maté­riaux, liées aux contextes d’u­ti­li­sa­tion, de marques sont pilo­tées par Bri­gitte Fuchs Vitrac.
Les études d’i­den­ti­té glo­bale et de stra­té­gie de déve­lop­pe­ment, d’a­na­lyse sur la « per­son­na­li­té des marques » sont pilo­tées par Véro­nique Le Toeuff et Antoine Fraisse.
Au-delà de son propre savoir-faire, le desi­gn (pool) anime un réseau de com­pé­tences externes per­met­tant d’ac­ti­ver toutes les exper­tises requises en regard des pro­jets abordés.