Stéphane Mahéas. La haute couture, un design encore accessible ?

Peut-on devenir un grand couturier aujourd’hui encore ? Quelles filières suivre ? Comment se lancer ?

Stéphane Mahéas, un des rares grands couturiers est membre de la très sélective Chambre Syndicale de la Haute Couture. Il a pris le temps de se confier à Admirable Design, en pleine saison de défilés…

Questions- réponses avec Gérard Caron.

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Gérard Caron : Comment peut-on devenir un créateur dans la haute couture aujourd’hui ?

Stéphane Mahéas : Tout gamin, il faut avoir en soi cette envie de robes, de chiffons, de poupées… et plus tard passer un c.a.p. et un b.e.p. « industrie de l’habillement » ! c’est utile et cela peut se faire dans toute la France. Ensuite un c.a.p. d’apprenti tailleur de la Chambre syndicale de la haute couture. Tout au moins, c’est le chemin que j’ai suivi, mais d’illustres prédécesseurs tels qu’Yves Saint-Laurent et Pierre Cardin n’on rien fait de tout cela !

GC : Vous n’avez pas cité les écoles de stylisme, telles qu’Esmod et autres…

SM : Ce sont des machines à fric qui attirent les étrangers, et en ce moment plus particulièrement les Chinois ! On se retrouve après plusieurs mois ou années de formation sans métier, à la rue. C’est criminel ! La couture est une profession pas uniquement une culture.

La meilleure façon de tenir dans le métier est de commencer par ramasser des épingles dans un grand atelier de couture pour aboutir ensuite à l’apprentissage de la construction d’un vêtement ! J’appelle cela mes années tabouret !

A l’étranger les écoles comme l’Académie d’Anvers, St Michael School en Angleterre (d’où est sorti John Galliano) vous forment au stylisme aussi bien qu’aux métiers de la couture. Dans ces écoles non seulement vous apprenez à dessiner les vêtements, mais vous apprenez aussi à les monter.
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GC : comment un jeune peut se lancer de nos jours ? Est-ce encore possible ?

SM : On peut avoir suivi les meilleures formations encore faut-il avoir ce que je peux appeler le don, la personnalité adéquate, ce qui est difficile à définir…

Ceci dit, il faut bien entendu faire ses classes chez les grands, apprendre à tout faire, commencer par le plus petit job. Pour ma part j’ai été chez Dior, Christian Lacroix, chez un plumassier, Lemarié, et Au Bon Marché au rayon des robes de mariées !

L’important est de se familiariser avec les règles du flou (les robes) et du strict (les costumes). Etre capable de tout réaliser du début de la chaîne jusqu” à la fin.

A un certain moment on se lance, avec son propre carnet d’adresses, quelques clientes qui sont prêtes à vous suivre, et on commence dans une chambre de bonne. Après il faut trouver des commandes et un jour, créer sa première collection. Et tenir coûte que coûte !
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GC : c’est important d’être membre de la Chambre Syndicale de la Haute Couture ?

SM : C’est une caution, une sorte de sélection très stricte. Vous vous obligez à produire deux défilés par an dans le calendrier officiel. J’ai dû vendre mon patrimoine pour produire mon premier défilé…

Les deux premières années vous êtes dans le « off », puis vous êtes invités pour quatre années supplémentaires, dans le « in », avant de rejoindre le groupe des 11 grands, celui des Chanel, Dior, etc.

Vous vous devez d’avoir un atelier pour le flou et un atelier pour le strict avec votre propre personnel et présenter au moins trente modèles par collection !

Il faut penser à tout cela quand vous êtes seul et sans le support financier d’un groupe, ce qui a été mon cas… Grâce à la caution de la chambre et le renom de Paris, je peux envisager pour 2006 de compléter mon activité de haute couture avec un gamme de prêt-à-porter et une gamme de lunettes avec de la véritable dentelle de Calais incrustée dans les branches…

L’avenir est de construire l’univers d’une marque, mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre cela !
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GC : Qu’avez-vous envie de dire aux jeunes lecteurs d’Admirable Design qui seraient tentés par l’aventure de la mode ?

SM : De ne pas rêver sur la réalité du métier. Tout le monde ne peut pas être Christian Dior ou Galliano. Il faut ouvrir ses yeux sur la dureté de ce métier et de son milieu ingrat.

Certes on travaille sur des matières magnifiques… mais dans l’ombre.

Si vous faites partie de cette « jeune génération déjà fatiguée », oubliez, car il ne faut pas compter ses heures, il faut travailler, travailler encore pour durer.

On ne vit pas de concepts uniquement ! Le talent seul ne garantit pas le succès. Un génie comme Jean-Paul Gaultier a commencé en bas de l’échelle avant d’arriver au sommet de son art. C’est un exemple à suivre…bien que Jean-Paul soit unique !

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