Créer son agence de design ?

Lan­cer son agence de design…

Com­ment lan­cer sa propre agence de desi­gn ? L’an­née der­nière deux jeunes créa­teurs d’en­tre­prise avaient expli­qué dans Admi­rable Desi­gn les dif­fi­cul­tés à créer son agence.

Aujourd’­hui Oli­vier Dim­net et Johan­na Jean l’ont fon­dée : Créa­nove Desi­gn ! Mais d’autres dif­fi­cul­tés apparaissent.

Pas­sion­nant et instructif ! 

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Du designer entrepreneur au designer… « réaliste »

Suite à notre article « Du desi­gner chô­meur au desi­gner entre­pre­neur » écrit le 29.05.06, nous avons déci­dé d’en dire plus sur notre par­cours de desi­gner entrepreneur. 

La cou­veuse d’en­tre­prises Créa nous a per­mis de tes­ter notre acti­vi­té. En effet, aujourd’­hui, l’a­gence de desi­gn Créa­nove Desi­gn existe : nous avons nos pre­miers pro­jets et clients, nous avons gagné en assu­rance, en auto­no­mie et nous avons connu aus­si … nos pre­miers déboires !

La pros­pec­tion ou « Com­ment se faire connaître quand on ne connaît per­sonne et quand per­sonne nous connaît ? » 

Cette pre­mière étape demande du temps… beau­coup de temps. Pour faire connaître notre agence nous avons déci­dé en pre­mier lieu d’en­voyer des emai­ling, en d’autres termes un email qui pré­sente notre activité.
_Nous avons donc créé une liste de clients poten­tiels et envoyé plus de 500 emails. Quelques semaines plus tard, nous pro­cé­dons à une seconde phase d’emailing dans le but pré­cis que ces clients nous contactent… un tra­vail de longue haleine… pour un résul­tat, de prime abord, peu convain­quant : en effet, nous avons réus­si à obte­nir… 3 contacts !
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L’an­goisse des pre­miers contacts !

Le temps passe, alors nous enta­mons la deuxième phase de pros­pec­tion : nous appe­lons les entre­prises et col­lec­ti­vi­tés locales pour décro­cher des ren­dez-vous. C’est donc avec timi­di­té et fébri­li­té au début que nous réus­sis­sons à obte­nir nos pre­miers entre­tiens. La plu­part des per­sonnes contac­tées sont récep­tives à notre acti­vi­té et paraissent inté­res­sées par la « dis­ci­pline du desi­gn » qu’elles connaissent peu.

En paral­lèle, nous pro­cé­dons à un autre type de pros­pec­tion qui, sans expé­rience, est assez dif­fi­cile à mettre en œuvre : c’est le « porte à porte » auprès des entreprises.

Toute une aven­ture ! : une fois la porte fran­chie, on prend son cou­rage à deux mains et on s’é­lance vers l’ac­cueil où nous « attend » une secré­taire au regard inter­ro­ga­teur (« Mais que viennent faire ces jeunes ici ? » doit-elle se deman­der). On res­pire un bon coup, on se pré­sente, on défi­nit ce qu’est le desi­gn tout en espé­rant ne pas se faire « réex­pé­dier » vers la sortie ! !

En fin de compte, cette pros­pec­tion est assez convain­cante puisque nous sommes repar­tis la plu­part du temps avec des noms qui nous ont valu des ren­dez-vous prometteurs.
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Pro­messes et désillusions 

Les pre­miers ren­dez-vous sont encou­ra­geants, les pro­jets que nous avons réa­li­sés aupa­ra­vant, notre regard neuf sur le desi­gn ain­si que notre dyna­misme plaisent aux clients poten­tiels. Cer­tains nous expliquent que nous tra­vaille­rons avec eux… rapi­de­ment, d’autres nous demandent des devis… Nous sommes opti­mistes mais le temps passe et les choses ne vont pas aus­si vite que nous l’es­pé­rions. Est-ce une attente nor­male ? Man­quons-nous d’ex­pé­rience ? Sommes-nous trop chers ? Est-ce la mau­vaise période de l’an­née pour que les clients s’in­ves­tissent dans des pro­jets « design » ?

Nous nous posons de nom­breuses ques­tions, mais nous ne per­dons pas espoir : nous conti­nuons à don­ner des appels et à obte­nir des rendez-vous…

Nos pre­miers clients et nos pre­miers problèmes…

Après plu­sieurs allers-retours chez cer­tains clients poten­tiels, nous obte­nons (enfin) nos pre­miers contrats ! Les pre­miers pro­jets nous rendent enthou­siastes, nous pen­sons déjà au futur de l’en­tre­prise, etc… etc…

Mais un pro­jet pro­fes­sion­nel avec de (véri­tables) clients n’a rien à voir avec des pro­jets d’é­cole ! Les déci­deurs qui valident un pro­jet sont par­fois nom­breux pour un même pro­jet et changent fré­quem­ment d’a­vis : bref, un jour c’est noir, un jour c’est blanc ! Il faut faire preuve de per­sua­sion et de patience, argu­men­ter, tout expli­quer, être « proche » du client… C’est un aspect du métier de desi­gner que nous ne connais­sions pas et que nous avons appris sur le tas !

Aus­si, le rela­tion­nel avec le client se com­plique lors­qu’il s’a­git d’argent : il faut sans cesse se jus­ti­fier, expli­quer nos démarches pour la réa­li­sa­tion d’un pro­jet, faire face à la concur­rence, se limi­ter à un bud­get par­fois res­treint. Il arrive que toutes ces contraintes rendent notre tra­vail dif­fi­cile : avant que les pro­jets n’ar­rivent à terme, nous avons du faire preuve de volon­té, de com­pé­tence, et de ténacité.

Dans un cer­tain sens on peut dire que ces pro­blèmes sont for­ma­teurs à la fois pour les desi­gners que nous sommes et les entre­pre­neurs que nous allions deve­nir. Par exemple, quelques impré­vus en milieu de pro­jet nous ont contraint à réa­li­ser des condi­tions géné­rales de vente, ceci afin de se pro­té­ger ; ils nous ont contraint par­fois à se méfier (ce n’est pas parce que nous sommes à nos débuts qu’il faut for­cé­ment se lan­cer dans tous les pro­jets que l’on nous pro­pose !), ou même à mieux nous orga­ni­ser lorsque nous col­la­bo­rons avec une autre struc­ture (quand celle-ci ne mène pas à bien la par­tie dont elle est res­pon­sable dans un pro­jet par exemple).

Les pers­pec­tives d’avenir

Aujourd’hui,notre agence Créa­nove Desi­gn fac­ture ses pre­miers pro­jets. Mais ce qui manque au bon fonc­tion­ne­ment de l’a­gence c’est un ‘‘rou­le­ment » entre les com­mandes pas­sées par les clients et nos fac­tu­ra­tions. Les solu­tions sont d’aug­men­ter notre volume de clients et de les fidé­li­ser davantage.

Enfin, ce qui freine notre acti­vi­té c’est le manque de connais­sance de la part des clients poten­tiels concer­nant le ‘‘desi­gn ». En effet, cette dis­ci­pline n’est pas encore entrée dans les moeurs auprès des indus­triels et des col­lec­ti­vi­tés locales sur­tout dans le sud de la France. Elle est encore mal com­prise et nous ralen­tit dans nos démarches de pros­pec­tion, ce qui nous pousse à croire que notre acti­vi­té est une acti­vi­té spé­ci­fique (ou mécon­nue) qui néces­site une cer­taine période de développement.

Néan­moins, un point inté­res­sant et posi­tif, c’est que même si les per­sonnes res­tent dubi­ta­tives lorsque nous les ren­con­trons, nous finis­sons tou­jours par les convaincre. Elles nous font confiance, et fina­le­ment elles obtiennent un pro­jet sur mesure dont elles sont fières et qui pour sûr arri­ve­ra aux oreilles d’un plus grand nombre…