Le design en grève ?

Le desi­gn en grève ? Quelle serait la consé­quence dans la vie publique ? Aucune. Nous ne sommes pas dans la situa­tion des rédac­teurs de scripts à Hol­ly­wood. Pour­tant la grève des ser­vices publiques para­lyse, gêne, casse des mar­chés dans nos métiers com­po­sés d’ar­ti­sans, de Pme, de créa­teurs de toutes sortent qui, eux, sont direc­te­ment en concur­rence avec le monde entier. Sans par­ler de nos clients étran­gers qui iro­nisent… et n’en pensent pas moins.

Ce qui n’est pas la pré­ocu­pa­tion de ceux qui peuvent se mettre en grève ! Allons‑y gaie­ment, fai­sons comme si le monde n’a­vait pas chan­gé, comme si la France était encore riche !

Cela n’a pas échap­pé à Gérard Mer­met, le socio­logue bien connu de Fran­co­sco­pie et un fidèle d’Ad­mi­rable Desi­gn, qui va plus loins, chiffres à l’ap­pui, argu­ments en guises de banderoles.

Et ça fait mal, un socio­logue en colère !

Gérard Caron

La fête pour les uns...
Sous divers pré­textes, les béné­fi­ciaires des régimes spé­ciaux défendent le main­tien de ce que l’on doit appe­ler, en toute objec­ti­vi­té, des pri­vi­lèges. A tous ceux qui s’ef­forcent de regar­der la socié­té sans prisme idéo­lo­gique ou poli­tique, mais en se récla­mant du bon sens, de l’é­qui­té, de la soli­da­ri­té, de la res­pon­sa­bi­li­té, leur atti­tude paraît irres­pon­sable, voire indé­cente. Rappels :

. Les béné­fi­ciaires des 128 régimes concer­nés partent à la retraite bien avant ceux du régime géné­ral. Exemples : 50 ans pour les agents de conduite SNCF ou RATP ; 53 ans pour les séna­teurs, 55 pour les dépu­tés qui auraient dû mon­trer l’exemple…

. La durée moyenne de leur retraite est pour beau­coup supé­rieure à celle de leur vie active et ils per­ce­vront ain­si plus de pen­sions qu’ils n’ont reçu de salaires !

. Le mon­tant de leur retraite est cal­cu­lé sur les 6 der­niers mois de salaire (comme pour les fonc­tion­naires, qui béné­fi­cient encore à ce titre d’un régime spé­cial), soit un écart consi­dé­rable par rap­port aux 25 années du régime géné­ral. Leur taux de coti­sa­tion est en outre sou­vent infé­rieur (7,8 % contre 10 à 11 %) ;

. La plu­part béné­fi­cient par ailleurs d’un autre pri­vi­lège impor­tant : la garan­tie de l’emploi ;

. Dans l’im­mense majo­ri­té des cas, l’exis­tence de ces « excep­tions » n’est plus jus­ti­fiée par une péni­bi­li­té par­ti­cu­lière du travail ;

. Le coût de ces régimes (qui concernent 1,2 mil­lion de retrai­tés pour seule­ment 560 000 actifs) repré­sente 15 mil­liards d’eu­ros pour 2007, dont la moi­tié payée par la collectivité.

. La France est le seul pays déve­lop­pé au monde où demeurent de telles inégalités ;

. La réforme de ces régimes est sou­hai­tée par 82 % des Fran­çais (son­dage Metro/Ifop, 11 octobre 2007), y com­pris par une majo­ri­té des agents de la Fonc­tion publique ;

. On estime à 300 mil­liards d’eu­ros les enga­ge­ments de retraite des sept prin­ci­paux régimes spé­ciaux au cours des six pro­chaines décen­nies : une charge injuste et insup­por­table pour les géné­ra­tions futures.

Un constat sem­blable peut être fait pour les autres réformes jugées néces­saires par la grande majo­ri­té des experts : uni­ver­si­té ; recherche ; fonc­tion publique ; sys­tème de san­té ; droit du tra­vail ; jus­tice ; dia­logue social… Réa­li­sées dans les autres pays depuis des années, elles sont chez nous sans cesse blo­quées par des mino­ri­tés for­te­ment poli­ti­sées, inca­pables d’ap­pré­hen­der la réa­li­té du monde et la néces­si­té de s’y adap­ter (ce qui n’in­ter­dit pas de cher­cher à l’améliorer).

La réforme des régimes spé­ciaux était a prio­ri la plus « facile » et consen­suelle, d’au­tant qu’elle a été comme d’ha­bi­tude pro­po­sée aux inté­res­sés avec des amé­na­ge­ments et un éta­le­ment dans le temps. Un recul du gou­ver­ne­ment ren­drait donc qua­si­ment impos­sible la mise en œuvre des réformes plus « dif­fi­ciles ». Il démon­tre­rait une fois encore que des indi­vi­dus et orga­ni­sa­tions se récla­mant des prin­cipes d’é­ga­li­té et de soli­da­ri­té défendent en réa­li­té des cor­po­ra­tismes, des égoïsmes, des pri­vi­lèges injus­ti­fiables ou un sta­tu quo insup­por­table. Comme en 1995, ils peuvent (sou­haitent peut-être, pour cer­tains) para­ly­ser le pays et l’en­fon­cer un peu plus dans la crise éco­no­mique et morale. 

Cette atti­tude est irres­pon­sable et dan­ge­reuse. De plus, la conjonc­ture éco­no­mique actuelle ne per­met pas de dif­fé­rer plus long­temps les réformes, sous peine d’un nou­veau décro­chage natio­nal, avec de graves consé­quences sur le pou­voir d’a­chat, la cohé­sion sociale, la place de la France dans le monde. Rap­pe­lons enfin que les grèves occa­sionnent une gêne consi­dé­rable pour les par­ti­cu­liers, coûtent très cher à la col­lec­ti­vi­té (150 mil­lions d’eu­ros pour celle du 18 octobre dans les trans­ports pour la seule région Ile-de-France), affectent la com­pé­ti­ti­vi­té déjà réduite de la France, son attrac­ti­vi­té et son image à l’ex­té­rieur, donc son avenir.

Face à cette situa­tion, les citoyens inquiets et en colère ne peuvent res­ter silen­cieux. Pour leur propre digni­té, pour l’a­ve­nir de leurs enfants et du pays, ils ne doivent pas lais­ser le mono­pole de l’ex­pres­sion à ceux qui refusent l’adaptation.

Nous ne pou­vons accep­ter que le pou­voir de nui­sance de quelques-uns mette en péril notre ave­nir commun.

Vous pou­vez contac­ter Gérard Mer­met. Cour­riel sous la photo)