Bienfaitrices, les crises ?

Le desi­gn est direc­te­ment tri­bu­taire de la vision éco­no­mique de nos marchés.

Pour cette bonne rai­son, Admi­rable Desi­gn donne régu­liè­re­ment la parole à Phi­lippe Cahen, un expert des mis­sions en prospective.

Ce qu’il appelle les « signaux faibles » que l’on note aujourd’­hui sont les grands boum(s ?) de demain… 

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Chaque jour des signaux faibles (1) seront les idées de pros­pec­tive de demain. Nous nous atta­che­rons cette fois-ci aux ques­tion­ne­ments sur les crises actuelles et la prospective…

Signal 1 : la fin de l’a­li­men­ta­tion abon­dante : une excel­lente nouvelle.

En quelques années, des cen­taines de mil­lions de per­sonnes ont ajou­té à leur ali­men­ta­tion quo­ti­dienne un verre de lait ou une bou­lette de viande … En 50 ans, le ter­rien moyen est pas­sé de 17 kg de viande annuelle consom­mée à 40 kg. Entre 1950 et 2050 la consom­ma­tion mon­diale de viande pas­se­rait de 47 mil­lions de tonnes à envi­ron 470 Mt. La sur­face de la terre n’au­ra pas été mul­ti­pliée par 10 et les terres arables dimi­nuent. Donc il faut pro­duire plus sur les mêmes espaces ou man­ger moins.admirable_design_boeuf.jpg

Il faut sept kilos de céréales pour obte­nir un kilo de bœuf, quatre pour un kilo de porc, un peu plus de deux pour un kilo de volaille et un peu moins de deux pour un kilo de pois­son her­bi­vore de pis­ci­cul­ture comme la carpe. Le bœuf est donc un hyper­con­som­ma­teur d’eau. La carpe est-elle l’a­ve­nir de l’homme ?

Le prix de l’a­li­men­ta­tion va conduire à de sen­sibles modi­fi­ca­tions de l’a­li­men­ta­tion. La lutte contre l’o­bé­si­té et les mala­dies car­dio­vas­cu­laires vont y contri­buer éga­le­ment. Par néces­si­té, l’Homme va devoir man­ger moins de sucre, moins de graisse : va-t-il deve­nir végétarien ?

Toutes les filières ali­men­taires, de la pro­duc­tion à la dis­tri­bu­tion sont direc­te­ment concer­nées. Et donc les métiers du design…

 

Signal 2 : la fin des éner­gies fos­siles (pétrole, char­bon), une excel­lente nouvelle ?

Le constat. Les com­pa­gnies de pétrole tendent à moins renou­ve­ler leurs stocks, quant aux états pro­duc­teurs, ils se réservent les meilleurs sites. Il semble donc que le « peak oil » de 2035 se rap­proche plus vite que pré­vu. Quant au « peak coal », le pic du char­bon, le chiffre « per­ma­nent » depuis 15 ans de 147 années de réserves de char­bon doit être réajus­té à 2025 ce qui laisse pré­sa­ger un pic plus tôt que pré­vu, de 120 ans.
Gagnants et per­dants. Le monde en déve­lop­pe­ment consomme plus de pétrole que le monde déve­lop­pé car il exploite les usines. C’est donc lui qui est per­dant en pre­mier lieu à la hausse du prix du baril. L’Eu­rope est la zone mon­diale consom­mant le moins de pétrole par % de PIB. Mais le monde déve­lop­pé « roule » beau­coup notam­ment avec un urba­nisme très écla­té, le monde rur­bain est perdant.

La mau­vaise nou­velle, c’est que la hausse du prix du brut va pro­vo­quer de l’in­fla­tion qui va pro­vo­quer un ralen­tis­se­ment économique.

La bonne nou­velle, est que ce ralen­tis­se­ment va pla­cer chaque état ou groupe d’é­tats devant ses res­pon­sa­bi­li­tés en accé­lé­rant le déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables, en ralen­tis­sant les délo­ca­li­sa­tions. L’é­cla­te­ment éco­no­mique du monde par spé­cia­li­té atteint ses limites.
 
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Signal 3 : les classes moyennes s’é­clatent en posi­tif et en négatif.

En pays en déve­lop­pe­ment en posi­tif. Les classes moyennes d’Inde (200 mil­lions), de Chine (350 mil­lions), de Rus­sie, etc., signe de l’en­ri­chis­se­ment des pays, sont de plus en plus une réa­li­té. D’ailleurs les mil­liar­daires des pays en déve­lop­pe­ment sont de plus en plus nom­breux dont 4 Indiens par­mi les 10 plus grandes for­tunes du monde, 1 Russe et 1 Mexi­cain. Ces classes moyennes semblent « prendre sur » les classes moyennes occidentales.

En pays déve­lop­pés, en néga­tif, les classes moyennes sont une ques­tion sociale qui se dra­ma­tise. En France, les classes moyennes sont écar­te­lées entre les moyennes aisées et les moyennes pauvres, quant aux 25–35 ans ils sont de plus en plus pau­pé­ri­sés (les ménages fis­caux de 25 à 44 ans ont des reve­nus à peu près iden­tiques et com­pa­rables à ceux des retrai­tés de 65 à 75 ans – Insee-DGI). En Alle­magne, les classes moyennes vivent une « chute sociale » (DIW, mars 2008) sem­blable à celle de la France avec écar­tè­le­ment. En Grande-Bre­tagne, la ten­sion est de plus en plus vive entre les « pauvres blancs », la « white wor­king class », et les immi­grés. Aux Pays-Bas, en Bel­gique, en Ita­lie, en Espagne … les signaux vont dans le même sens.

Tan­dis que les classes moyennes des pays en déve­lop­pe­ment sont de plus en plus opti­mistes sur leur ave­nir, l’a­ve­nir des classes moyennes infé­rieures s’as­som­brit en Europe : on va vers une crise sociale majeure.

Et il faut ajou­ter à ce malaise : l’U­nion Euro­péenne de 2050 sera-t-elle une mai­son de retraite à ciel ouvert ?
 

 

Signal 4 : la France est engluée dans son passé.

Selon le site art­price, avec 6,4 % de parts du mar­ché de ventes d’art aux enchères, la France, tra­di­tion­nel­le­ment en troi­sième posi­tion, est détrô­née par la Chine (7,3 %) qui enre­gistre une hausse de +78 % de ses ventes. La France fait de plus en plus figure de gre­nier. Elle se fos­si­lise dans les niches que sont la pho­to­gra­phie pri­mi­tive, la pein­ture XIXème et l’Art Déco.

Pour en savoir beau­coup plus voi­ci le site de Phi­lippe Cahen