Jan Paskal

Les designers ont mille talents…outre celui du design, bien sûr. Jan Paskal a choisi celui de la poésie. Des poèmes courts, des mots de la vie pour composer des images fortes. Des interrogations sur soi et sur les autres. Et de l’amour qui de temps à autre ose dire son nom.

L’oeuvre d’une pudeur sensible ou d’une inquiétude voilée ? La réponse est peut-être là, au détour d’un poème-message …

Bon voyage.

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Dissimulation

Murs graffitis que tu chiffonnes,

dans un coin de ta mémoire volatile.

Songes oubliés dans une errance inutile.

Il faudra, bien un jour que l’on te rançonne,

renonce aux mensonges d’une nuit.

Marche sur la trace des oiseaux.

Devine l’ombre, par les années jaunie,

et qui se terre inconsciente, dans ton dos.

Usurpe la vie des autres,

sans croire que tu as le choix.

Sans même savoir que tu t’y noies.

Pourtant, tu vois luire les astres,

et tu nourris de l’amour pour ton prochain.

Bien que tu te saches passant,

regarde vers l’horizon lointain.

Mystérieusement, dissimule ton élan,

et garde le jalousement caché

aux creux de tes jeunes années.

Août 83

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Doute.

Aller au bout,

rejoindre l’ombre d’un doute.

un regret épanché

l’éternelle nuit,

souvent illusoire.

Absurde.

Rejoindre l’ombre d’un doute,

un sûr abri.

Le cœur d’une mère

repère lointain,

presque inaccessible.

Reflet dans l’air,

rejoindre l’ombre d’un doute,

le regard perdu,

au creux d’un visage vide.

Sous de maigres cheveux,

l’air absent,

intense perte d’esprit.

Un ange s’envole.

Magnifique.

Inutile.

Décembre 94

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Chemin.

Ame noircit par le temps qui se ferme,

sourde est la maîtresse du vent.

Les ténèbres sont propices aux lumières du cœur,

mais fatales aux feux sans fumée.

Sans son voile, l’âme mise à nue,

laisse échapper des cris de détresse.

Les bruits de la nuit sont des appels au secours,

auxquels il faut savoir rester muet.

C’est le plus sur moyen de prolonger une agonie,

qui se veut toute entière, infinie,

dans leurs noirs destins, tous les chemins sont mêmes.

Plus de risque d’erreur,

est-ce à gauche, est-ce à droite

même le droit chemin est retors et cache

dans son ventre des cris étouffés

par l’astre défaillant qui se tait.

Longue attente sans temps dont les grains

ne sont plus sable, mais rocs,

et le sommeil arrive, sans comprendre comment,

il peut encore compter.

juillet 83

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Elle s’endort…

Gai et sain,

Son cœur est plein,

De tendresse à venir,

Et d’heures de plaisir

Le soir venu

Elle couche ingénue

Un corps souple

De courbes simples

Ses yeux se ferment

Les songes viennent

La nuit attend

Le bon moment

Elle noie la chambre

Sans bruit, elle entre

Et habite pour un temps

L’espace d’un corps aimant.

Mars 85

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Après.

Quelques minutes après,

On a le cœur empli

On a l’âme retournée

On a les sens assoupis.

Quelques minutes après,

La quiétude s’empare

De notre corps qui a aimé.

Nul trace de remparts

Quelques minutes après

Notre soif d’amour

Par excès épuisé

Sourit au jour nouveau

Quelques minutes après

Peu à peu faisant surface

Notre cerveau émerge

Dans un bien être extrême.

Février 1985

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Instant d’enfant.

Il égare tristement son âme d’enfant

Il déambule dans un couloir étroit

Il pleure en silence et des larmes

Lentement descendent vers un océan

De perles rares, d’où s’élève une légère

Brume, qui recouvre de rose

L’univers et son ciel.

Mai 84

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Instants de temps

Rares,

les moments de bonheur,

et de tendresse subite.

Rares,

les instants ou en douceur,

mon amour s’installe et t’habite.

Rares, trop rares,

les minutes de vérités,

les temps de réelle passion

ou de ton âme, je prends possession.

Rares, déjà,

les soirées de silence

rythmées par l’unique bruissement,

des ailes de la patience,

qui volent dans l’appartement.

Rares,

les nuits d’intenses frissons,

et de mots murmurés,

lutte complice tout au fond,

d’une chambre murée.

Rare le temps vaincu

trop souvent vainqueur,

des idées perdues,

habitent notre cœur.

Octobre 83

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Vie.

Le noir n’existe plus,

Le néant est absent

L’ombre ne reflète plus

Le triste et le navrant.

Seul, est le soleil.

Seule, existe la vie.

Le rêve est vermeil

L’amour nous conduit

Vers de tendres chemins

Où de doux enfants

Se tenant par la main

Font une ronde en chantant.

Rires joyeux qui nous bercent

Et effacent nos angoisses

Nos visages se détendent

Et nos cœurs se défroissent.

Mars 85

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Le cœur.

La blessure encore rouge

le souffle encore court

l’air encore bouge

des cris aux alentours.

Les corps sont allongés

les pupilles immobiles

les regards sont noyés

dans le flou volatil.

Ils parlaient d’avenir

même lointain

mais y a t‑il un avenir

le temps même est incertain ?

Leurs bouches se sont tues

leurs mains ont remplacé

les mots trop pointus

de musiques embrouillées.

Des actes moins dangereux

pour un cœur trop montré

commençant tel un jeu

finissant le cœur transpercé.

Mars 85

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Libre ivresse.

Ce matin je me lève,

Je respire l’air et je m’élève.

Ma chambre n’a plus de toit,

Je ne sens plus mon poids,

Plus léger qu’une plume,

Je suis un oiseau en somme.

Mes jambes s’atrophient,

Mon visage se modifie.

Mes bras se déploient,

Je n’ai plus de doigts,

Mes oreilles n’entendent pas,

De tristes bruits de pas,

Mais le murmure du vent.

Mélodie qui flatte mes tympans.

Je descends, je remonte,

De mon corps, plus de honte.

Plus de peur.

Plus de douleur.

Peut être un bonheur,

Qui tendrement m’effleure !

Février 85

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Mirage.

Ah ! retrouver,

retrouver l’air que tu respirais

masquer les choses qui te plaisais.

Trouver encore,

trouver un peu de ton parfum,

dans les roses que tu croisais.

Trouver encore,

trouver le chemin de tes pas,

transformer tes cauchemars en rêve éveillés.

Trouver encore,

oui retrouver ton corps dans la brume,

réinventer le bleu de tes yeux sombres

Trouver encore,

trouver tes larmes dans les torrents,

taries par l’absence,

oui retrouver

retrouver même dans ta mort,

ton corps enfant,

c’est comme faire l’amour dans le noir.

Juin 82

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Miss Terre…

Rêves futiles

Dans un être que l’on mutile

Au risque de plaire

Je préfère me défaire

Du désir innocent

De ne pas être grand

Pour séduire

De mon âme mon corps doit s’enduire

Pour aimer

Mon cœur doit se damner

Si croire au bonheur

C’est distribuer du malheur

Qu’à la cime

Du plus bel arbre

Mon corps s’abîme

Et que de poussière

Je revienne à ma mère.

_ Juin 83

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Mon rêve s’ennuie.

Mon rêve s’ennuie,

le long des nuits blanches.

Des jours qui se superposent,

les uns aux autres, tant ils se ressemblent.

Mon rêve s’ennuie,

de trop de solitude.

Mon cœur s’ouvre à tout ce qui est beau,

à tout ce qui est originel

Mon rêve s’ennuie,

je cherche une image.

Mais déjà ce n’est plus moi.

L’homme est une chose qui se sculpte sans plan

sinon il devient machine.

Mon rêve s’ennuie,

mais il existe, et c’est cet espoir qui me fait tant

aimer la vie et reconnaître mes amis.

Mon rêve s’ennuie,

mais il est prisonnier de mes nuits

Mon rêve s’ennuie,

et moi je suis le geôlier d’une prison qui est ma vie.

Cette vie qui s’envole à trop chercher l’essentiel.

Avril 81

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Noirceur.

Le monde est généreux

D’instants calmes et bleus

L’histoire se montre avide

De moments rouges et vides.

L’océan noie ses larmes

Dans un tourment d’écume

Témoin de tant de drames

Innocents comme nous le fûmes.

Le soir crie

Son ennui

Dans la nuit

Et déchire son voile

Il agresse le jour

Et clame son amour

Pour l’instant du retour

Il nous jette son mal

Les couleurs sont comptées

Les refuges étriqués

Nos vies en danger

La peur s’installe

C’est une courte victoire

La défaite du noir

Une halte illusoire

Une agonie sans râle.

Février 85

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Paix.

Trop d’escaliers

dans cette purée.

J’veux plus rester,

plus m’emmêler.

Toujours marcher,

sans se reposer.

Trop d’emmurés,

dans cette contrée.

Tous lessivés,

sans rien demander.

Pourquoi briller !

et un jour sombrer.

Trop d’escaliers,

j’veux plus monter.

J’veux qu’on me laisse aller.

Plus de jeux faussés,

j’veux pour toujours,

la paix.

Est-ce trop demander 

Août

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Race.

On croit avoir gagné,

Mais en fait de triompher,

On ne gagne que du terrain

Sur notre aveugle destin.

Rien ne freine l’orgueil des hommes,

Rien ne reflète leurs âmes infâmes

Tout dans l’humain devrait être paix,

Tendresse, amour et amitié.

Mais le rêve est là, présent,

Et l’homme ne comprend plus comment,

Un miracle l’a fait naître au monde.

Et découvrir milles merveilles à la ronde.

Une course folle l’entraîne encore,

Et toujours à devenir plus fort

Non pas pour élargir sa trace,

Mais envers ceux de sa race.

Mars 85

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Si peu.

Ils étaient si laids et si bêtes,

qu’on les a appelés «  hommes ».

Ils étaient si éloquents et si charmeurs,

qu’on les a choisis comme chefs.

Ils étaient si nombreux et si dépourvus d’initiative,

qu’on les a appelés contribuables, consommateurs,

Ils étaient si peu à chercher le bonheur,

qu’on ne les a pas appelés.

Avril 82

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Simple oubli …

Arbres perdus dans le vallon défait,

Collines aplaties, comme des crânes imparfaits,

Tristes paysages oubliés des dieux.

Clochers décapités, sur des murs en ruine.

Labours inachevés, sillons qui se débinent,

Haies hirsutes qui se bousculent et s’abîment

Sinistres endroits, oubliés des dieux.

Longues files d’allées monotones.

Des feuilles sur les pierres,

Aux flétrissements s’abandonnent,

La mort ici est oubliée des dieux.

Le souffle de la brise sonne le glas.

Tu es seul et tu espères encore en moi,

Tu écris des « je t’aime »,

Que tu ne m’envoies pas !

Les dieux ont oublié les hommes.

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Testament-songe.

Je grave mes regrets,

dans ma mémoire aux aguets.

Comme pour faire patienter la mort !

Lorsque même se meurent les habitudes,

la vie n’est plus qu’une attitude.

Un paraître sans réel besoin.

Plus de rire, plus d’amour du prochain.

Lorsque le geste est là, il faut bien en finir.

Nul besoin de témoins pour gâcher l’avenir.

Pas d’attente possible dans ce jour sans fête.

Il faut bien à présent, presser sur la gâchette.

Après le bruit mortel, mon sang sur le sol signe,

la seule œuvre ici bas, dont je sois vraiment digne

Le 17 juin 1982 à 23heure et 59 minutes

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V.H.

Il marchait dans le frais sentier

L’aile du vent sur son visage

Fouettait son sang, jusqu’à le blesser.

L’homme semblait n’avoir plus d’âge,

Ses cheveux courts et sa barbe blanchie,

Inspirait à la bonhomie et la douceur.

A le voir guider sa vie ainsi,

A n’en pas douter, il avait du cœur

Ses mains étaient croisées

Dans son dos, légèrement voûté

Il marchait vers un but précis

Dans la tête une seule pensée.

Contre lui, un bouquet fleuri.

C’était un homme qui aimait les femmes,

Mais celle pour qui il marchait ce matin là,

Etait unique et sage.

Une femme pour qui il avait du chagrin.

Février 85