La French Touch à Tokyo

Jean-Jacques Urvoy (auteur entre autres, du livre « Packa­ging ») et fon­da­teur de JJ Urvoy Conseil, a vou­lu par­ta­ger quelques idées rete­nues lors d’une confé­rence à laquelle il a assis­té, sur la French Touch vue du Japon et don­née par notre rédac chef, Gérard Caron !

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Copy­right 2000 Edi­tions Albert René/­Gos­cin­ny-Uder­zo

Caron rime avec Japon…

Le Japon le tient depuis plu­sieurs années puisqu’il y est allé près de cent vingt fois. Aujourd’hui, il est l’un des rares desi­gners fran­çais à appro­cher le cercle fer­mé des direc­tions des entre­prises japonaises. 

Je me sou­viens, pour avoir tra­vaillé avec lui, de la culture qu’il trans­met à une équipe, autour d’un pro­jet de desi­gn. Fon­da­teur du site admi­ra­ble­de­si­gn, il don­nait une confé­rence sur le der­nier salon d’Equipmag sur la « French Touch » au Japon.

La pre­mière image parle d’elle-même. On y voit côte à côte un boud­dha, serein, et un christ cru­ci­fié pour expri­mer la dif­fé­rence de culture. Gérard Caron nous emmène vers l’héraldique japo­naise, avec ses samou­raïs, en la com­pa­rant à l’héraldique française.
Il rap­pelle que la France est un mel­ting pot, alors que les japo­nais vivent dans une île et sont tou­jours res­té chez eux. Il en déduit, en image, les conséquences.

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Il com­pare le luxe fran­çais au luxe japo­nais : le luxe fran­çais est une sur­charge, comme la Gale­rie des Glaces de Ver­sailles. Le luxe japo­nais a tou­jours été dans l’épure, et de tous temps puisque la tra­di­tion du Japon est figée, la nôtre étant consti­tuée de rup­tures fai­sant les styles et les époques pic­tu­rales. En Europe, rien de com­mun (appa­rem­ment) entre un tableau de Millet, de Picas­so, de Vasarely.
Au Japon, l’image, épu­ré, aux cou­leurs sou­vent neutres, est comme hors du temps. En France, le jar­din décore la mai­son, au Japon il appar­tient à la maison(voir pho­to ci-dessus).

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Gérard Caron sait qu’en matière de desi­gn, tout com­mence par le verbe. Il étu­die la struc­ture du lan­gage dans les deux cultures. Le nôtre est plus abs­trait que la langue japo­naise, qui est une cal­li­gra­phie signi­fiante. Par exemple, le nom « arbre », à la façon d’une brique Lego ser­vant à construire, se répète lui-même deux fois dans le nom « bos­quet » et trois fois dans le nom « forêt ».

Lors de cette confé­rence, nous com­pre­nons que, mal­gré les rup­tures, nous sommes un pays stable alors que le Japon, île deux fois plus peu­plée que la France, subit trem­ble­ments de terre, tsu­na­mis et érup­tion volcaniques !
Gérard Caron démontre ensuite que, en termes de marques de luxe, le Japon est fina­le­ment proche de nous. Tout comme en cui­sine, éle­vée au rang d’art (voir pho­to ci-contre). 

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Le desi­gn japo­nais naît du shin­toïsme (de l’esprit en chaque chose), du confu­cia­nisme (phi­lo­so­phie de l’harmonie), du boud­dhisme (le rien est habi­té). Plus on avance, et plus on sim­pli­fie en gar­dant le tout, le trait, le signe, le sens.

Les packa­gings font le pro­duit et au Japon, l’habit fait le moine. Le packa­ging signi­fie le pro­duit. La fonc­tion­na­li­té, évi­dente, dis­pa­raît pour ne faire appa­raître que l’esthétique, le sens du détail.

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Et Gérard Caron trans­met ses astuces pour réus­sir un pro­jet de desi­gn au Japon. Mais là, il faut aller l’écouter !

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